mercredi 27 janvier 2016

Carême 2016 au Centre Saint-Paul : la Miséricorde est le coeur de Dieu

La miséricorde, cette botte secrète spirituelle

En cette année de la Miséricorde, nous ne pouvions pas faire moins que de prêcher ce Carême en prenant pour thème la Miséricorde? Non pas pour tenter encore une fois d'inventer une religion au rabais, mais parce que le coeur de Dieu est invisiblement le coeur du monde, battant dans toutes ses beautés et qu'il nous faut entendre ce rythme du coeur de Dieu si seulement, de notre côté, nous prenons la vie à coeur. Il est impossible à une créature d'échapper à la miséricorde de Dieu.

Nous voulons concrètement en faire la loi de notre existence, en remarquant que le pape François, dans le discours par lequel il a ouvert l'année sainte, a insisté avec saint Augustin sur le fait que la miséricorde n'est rien d'autre que la grâce de Dieu, le principe de tout dynamisme, l'éclosion de la liberté au coeur de notre coeur, à l'intime de nous-mêmes.La miséricorde dépasse tous les calculs, elle est le Pari fou sur l'amour qui seul permet à un homme de vivre en homme - une botte secrète dans tous les combats de la vie quotidienne, qui, à ce jour, est restée imparable.

Dimanche 14 février 18 H
Les entrailles de la miséricorde divine et le fond de notre nature - un fond bien caché

Dimanche 21 février 18 H
La loi ersatz humain de la miséricorde et non la miséricorde exception à la loi

Dimanche 28 février 18 H
La Miséricorde, seule réponse de Dieu au péché de l'homme

Dimanche 6 mars 18 H
La miséricorde, loi suprême de l'Eglise et principe d'interprétation des textes contestés

Dimanche 13 mars 18 H
La miséricorde évangélique est le contraire du laxisme. Quelques textes

Dimanche 20 mars 18 H
La miséricorde est la justice de Dieu: "J'avais faim et vous m'avez donné à manger..."

mercredi 20 janvier 2016

Réponses à JR sur des questions délicates

Voici 14 questions, reçues tout à l'heure en MP. Elles correspondent bien à la légende noire qui entoure encore aujourd'hui le catholicisme et empêche tant de gens de se convertir. 
1- un prêtre a refusé de convertir ma femme à Jésus alors qu'elle le demandait, en lui expliquant que l'islam est une très belle religion, et ils l'ont fait avec des milliers d'autres, peut-être des millions depuis des années et des années.
R : Ceci est une faute grave d’un prêtre qui aura à répondre de sa désinvolture et de sa préférence pour les pastorales d’ensemble, qui lui fait oublier les personnes et leur soif de vérité.
2- Radio Notre-Dame a censuré Anne-Marie Delcambre au sujet de la Mosquée Notre-Dame et ont rejeté cette vieille femme qui s'était présentée à l'émission de laquelle elle avait été brutalement et cyniquement désinvitée la veille au soir
R : Radio Notre Dame, très liée au diocèse de Paris, a une ligne éditoriale où les enjeux politiques ne peuvent pas être absents. Elle a donc le droit de désinviter, sans aucun cynisme, un invité qui ne se tiendrait pas à cette ligne. C’est la vieille histoire de la primauté du bien commun sur le bien personnel.
3- les représentants catholiques demandent que la France soit effacée de l'histoire par l'immigration musulmane de masse et sont donc responsables de toutes les horreurs que le continent européen va connaître, et commence déjà à connaître.
R : Les représentants catholiques n’ont en aucun cas ce message, bien trop fort pour eux. Mais ils sont à l’image des peuples : fatigués d’être ce qu’ils sont. C’est cette fatigue, pas particulièrement caractéristique des clercs et qui concerne toutes les élites européennes, qui leur a fait prendre à la légère l’immigration massive des musulmans en Europe. Cela étant, ne confondons pas la personne de l’Eglise et son personnel comme dit Jacques Maritain. Ce n’est pas parce que certains membres de l’élite cléricale rendent le message inaudible ou poursuivent une politique dangereuse que le message n’existe pas et que l’Eglise, assemblée des croyants, n’a pas un rôle décisif à jouer dans notre sanctification.
4- les catholiques vouent un culte à Marie, qui n'est qu'une femme comme l'appelait Jésus lui-même, et non la mère de Dieu (Dieu n'a pas de mère, sinon il n'est pas Dieu), on en fait des statues qu'on vénère, ce qui est de l’idolâtrie, contraire au 2ème commandement. Lourdes est habité par les marchands du temple, comme j'ai pu le constater moi-même en m'y rendant avec ma femme.
R : Marie est la mère de Dieu car elle est la mère d’un fils qui est Dieu Sa maternité divine, définie par le concile d’Ephèse en 431, proclame avant tout la gloire de son Fils, qui sera défini vingt ans plus tard « vrai homme et vrai Dieu » [verus homo vero unitur Deo] par le concile de Chalcédoine. Les statues sont interdites dans le livre de l’Exode, avant l’incarnation du Verbe de Dieu. Elles manifestent la beauté de cette incarnation et c’est en cela qu’elles sont permises. Marie, placée dans le plan de Dieu « aux confins de la divinité, est la participation féminine à l’aventure de l’Incarnation. Cette participation est vraiment nécessaire. Elle fait dire à saint Irénée, lisant le chapitre 12 de l’Apocalypse, que Marie est la nouvelle Eve (alors que saint Paul appelle Jésus de Nazareth le nouvel Adam I Co, 15, 45). Dieu crée l’homme, homme et femme. Il recrée le genre humain en Marie, qui en tant que nouvelle créature est immaculée dans sa conception et en Jésus homme Dieu, immaculé, lui aussi dans sa conception. Cette manière de flirter avec le divin, lorsque l’on parle de Marie, annonce notre propre divinisation, c’est-à-dire notre salut.
5- les catholiques ont éloigné les chrétiens des écritures, et ont créé une théologie humaine (le catéchisme notamment) donc corrompue par le péché et l'argent.
R : Les catholiques ont un tel respect des Ecritures qu’ils considèrent que l’on ne peut s’en approcher qu’en étant capable de contextualiser les textes, grâce à une connaissance de l’histoire et des rapports entre Ancien et Nouveau testament, en tenant compte des genres littéraires et des langues sacrées. C’est à la Renaissance, la perspective d’Erasme et de Cajétan, contre Luther, qui enseignait que tout père de famille peut lire la Bible. Quant aux théologies humaines, elles commencent dans les Actes des apôtres, à travers les nombreux discours de Pierre puis de Paul, qui sont autant de catéchismes. La corruption est dans tout ce qui est humain, mais pourquoi dans un catéchisme ? Qu’est-ce que l’auteur du KT aurait à y gagner ?
6- les catholiques ont massacré les protestants et les juifs à travers les siècles...
R : Il y a une rivalité entre les croyants où les catholiques ne sont pas les seuls persécuteurs. Dois-je rappeler qu’aux origines du christianisme, c’était les juifs les persécuteurs déclarés ? Cette rivalité est malheureuse, quels que soient ceux qui l’ont entretenue. Il y a dans l’Evangile toutes les raisons textuelles d’entreprendre un dialogue avec le frère qui ne pense pas comme nous (parabole du Bon grain et de l’ivraie dans laquelle il faut  attendre la fin du monde pour séparer les méchants des bons, insistance sur la tolérance de Dieu  qui fait briller son soleil sur les méchants comme sur les bons). Les chrétiens sont intolérants malgré l’Evangile. Les musulmans sont violents avec la bénédiction du Coran (Sourate 9 etc.)
7- les catholiques ont installé un climat de terrorisme intellectuel, et parfois de morts atroces, avec l'Inquisition
R : L’inquisition est une page sombre de l’histoire de l’Eglise, même si, au XIIIème siècle, les tribunaux ecclésiastiques ont été tenus pour empêcher les fidèles de se faire justice eux-mêmes. En Espagne, l'inquisition est entreprise par le Pouvoir politique, qui instrumentalise des prêtres, dont le fameux Jean de la Tour brûlée (Torquemada).
8- les catholiques ont empêché le capitalisme de se développer, alors que le protestantisme a permis au capitalisme de se développer, or seul le capitalisme sort les pauvres de la pauvreté
R : Les premières formes du capitalisme remontent au XIVème siècle dans les villes hanséatiques et les villes italiennes comme Sienne Florence et Venise. Les premiers théoriciens du prêt à intérêts sont les dominicains, Cajétan en Italie et l’Ecole de Salamanque en Espagne. Ils sont bien plus souples sur le prêt à intérêt que ne l’était Calvin lui-même, cinquante ans plus tard.
9- les catholiques ont interdit aux masses de lire la Bible pendant près de 1000 ans, tout en constituant un ordre ultra-dominateur et privilégié en France, le clergé, qui écrasait le peuple de taxes, comme les fonctionnaires aujourd'hui.
R : Le clergé n’a jamais levé de taxes (sauf quand l’évêque, comme en Allemagne ou à Rome, était parfois le seigneur féodal auquel appartenait tel duché ou comté). Hélas le pape se finançait par un impôt en Allemagne et en Angleterre. Ailleurs, simplement les moines ou les évêques possédaient des terres qu’ils mettaient en gérance, de façon c’est vrai parfois cupide. Mais les moines ont eu un rôle positif dans l’histoire de l’agriculture mondiale et dans l’histoire des paysages européens qui n’est pas à démontrer.
10- les catholiques ont trop souvent violé des enfants en étant couvert par leur hiérarchie (et si ça se sait maintenant, c'est que ça s'est passé depuis les débuts de l'Eglise sans nécessairement que ça se sache).
R : La pédophilie est un crime, mais il est très répandu, avant tout d’ailleurs à l’intérieur même des familles, puis dans les établissements d’enseignement. Il y a eu des pédophiles dans l’Eglise : « Malheur dit Jésus à celui qui scandalise un seul de ces petits. Il eût mieux valu qu’on le noie dans un lac une meule de moulin autour du cou ». Les ecclésiastiques pédophiles sont plus criminels que les autres dans le sens où, comme dit Chesterton, « les chrétiens sont moins bons parce qu’ils devraient être meilleurs ».
11- les catholiques ont donné leur accord pour l'esclavage (bulle du pape Nicolas II en 1454), avant de contribuer à son abolition bien tardive
R : Je ne pense pas que le pape Nicolas II ait  rétabli l’esclavage. D’abord il s’agit de Nicolas V en ce temps là. Il a dû approuver le servage, ce qui n’est pas la même chose, même si l’on emploie le même mot latin « servus » pour serf ou pour esclave. L’esclavage a toujours existé en pays d’islam où il ne concerne que des non-musulmans. En pays chrétien, l’esclavage transatlantique a été établi au XVIème siècle dans une logique capitaliste de quête du profit qui est typiquement moderne et matérialiste. Il n’est pas anodin de savoir que Voltaire avait des intérêts dans le trafic du « bois d’ébène ». Il croyait à la supériorité de la race blanche sur les Indiens et les noirs, ce que l’Eglise n’a jamais admis, en particulier grâce à l’Espagnol Las Casas. Pétris de thomisme, ces dominicains reconnaissaient la nature humaine en tout individu humain, contrairement à certains matérialistes des siècles suivants.
12- les catholiques ont éloigné les chrétiens de Jésus, alors que Lui seul est le chemin de la vérité, du salut et de la vie éternelle, ce que ne sont ni Marie, ni le Pape ni l'Eglise qui éloignent de la vérité, du salut et de la vie éternelle.
R : Affirmation péremptoire et non factuelle. Marie ? Son rôle est d’attirer à Jésus. En elle tient toute la féminité de Dieu. L’Eglise ? Elle est la gardienne des sacrements institués par le Christ, elle est aussi « le temple des définitions du devoir » selon la belle formule de Maurras et il faut une telle référence. Il suffit de constater l’état de délabrement du protestantisme ordinaire, devenu socinien voire athée sans aucun rapport avec l’ultra augustinisme des fondateurs, pour constater combien une autorité spirituelle humaine est importante pour nous aider à « garder le dépôt » comme dit Paul à Timothée.
13- les catholiques ont donné tous pouvoirs à un homme qu'ils appellent "pape", ce qui signifie "père", or il n'y a qu'un Père, et il est aux cieux, donc ils cherchent à remplacer Dieu, ce qui est me semble-t-il le propre du démon. Ils appellent d'ailleurs leurs curés, leurs évêques, leurs papes, leurs cardinaux etc. "mon père", c'est le même blasphème.
R : Saint Paul est plus modéré que vous. Il dit aux Ephésiens que Dieu est celui de qui « toute paternité au ciel et sur la terre tire son nom ». et il avoue aux Corinthiens : « Je vous ai enfanté dans le Seigneur ».
14- les catholiques ont inventé le purgatoire qui ne figure nulle part dans la Bible (sauf dans l'apocryphe des Maccabées, qui n'est donc pas biblique), le catéchisme, et tant d'autres choses non bibliques.
R : Le Livre des Macchabées affirmant la nécessité de la prière pour les morts ne sont pas des apocryphes. C’est eux aussi qui enseignent que « l’univers a été fait à partir de rien ». Ils donnent un merveilleux témoignage de la foi des Juifs résistants à l’Oppresseur grec. Saint Paul, de son côté, fait allusion à ceux qui seront sauvés, « comme passant à travers le feu » (I Co 3, 15). Il retrouve là une formule vétéro-testamentaire sur Dieu qui nous purifie « comme l’argent » (Ps. 66). Admettons pourtant qu’il n’y ait pas de Purgatoire.. Eh bien ! parce qu’il n’y a que des saints au Ciel, il faudrait admettre que le nombre des élus est extrêmement restreint, sauf à déresponsabiliser l’homme en affirmant que Dieu sauve qui il veut quand il veut… Ce qui aboutit à dire comme Calvin, que Dieu est l’auteur du mal ou le prédestinateur au bien et au mal.

samedi 9 janvier 2016

L'évidence chrétienne

L’Epiphanie est la fête du salut donné aux païens. Les mages, ces savants perses, sont en quelque sorte notre avant-garde à la Crèche. Ils sont trois disent les évangiles apocryphes. Mais, durant la messe, nous lisons le prophète Isaïe, qui ne voit pas les choses ainsi : Trois ? Des milliers plutôt. « Lève toi, resplendis Jérusalem, parce qu’elle est venue ta lumière et la gloire du Seigneur se lèvera sur toi. Regarde autour de toi et vois ! Tous se rassemblent, ils viennent vers toi. Tes fils viendront de loin et tes filles se lèveront à tes côtés. Vers toi se dirigeront les richesses de la mer, la force des nations viendra à toi. Une multitude de chameaux t’envahira, les dromadaires de Madian et d’Epha ». Que dit ce texte tiré du chapitre 60 d’Isaïe ? Que l’Enfant de la Crèche va avoir un succès foudroyant, que ce ne sont pas seulement trois mages qui vont se lever et marcher vers le Christ de Dieu, mais tout l’univers. Que s’est-il passé ? L’épiphanie, la manifestation de l’évidence chrétienne se poursuit jusqu’à nos jours. Le monde entier a été pénétré par l’Evangile. La vérité chrétienne jouit d’une aura que beaucoup cherchent à salir. Aux yeux de tous les hommes qui la connaissent un peu, elle est l’image concrète du bien, cela ne se discute pas…

Mettons-nous en état d’épiphanie, soyons autant que nous le pouvons des transmetteurs de lumière. Cette inondation de chameaux, ces dromadaires de Madian et d’Epha, ce n’est pas pour hier, c’est aujourd’hui. Et concrètement ? Dans chaque communauté chrétienne, il faut que nous ayons le souci d’aller vers ceux qui sont seuls, d’accueillir ceux qui sont nouveaux et d’indiquer aux chameaux et aux dromadaires qui arrivent plein de la poussière du désert les moyens du repos intérieur. Le Royaume de Dieu est au milieu de nous. Jésus l’a remis à nos mains impuissantes. Que faire ? Il nous a laissé la force de sa Parole. L’avons-nous mesuré cette force?

jeudi 7 janvier 2016

[Présent] Sainte-Rita ? Aucune ambiguïté !

[Cet article a été publié par Présent du 31/12/2015]
Une destruction d’église en plein Paris, à laquelle s’opposent des catholiques et des gens attachés au patrimoine religieux, avec le secours d’un prêtre : il n’en faut pas plus pour faire naître sur les réseaux sociaux une polémique reprise dans une certaine presse. L’abbé Guillaume de Tanoüarn, qui célèbre actuellement le dimanche à Sainte-Rita dans le XVe arrondissement de Paris, resitue le combat mené dans sa vérité.
— Monsieur l’abbé, vous célébrez en ce moment le dimanche, dans le rite traditionnel catholique bien évidemment, en l’église Sainte-Rita rue François-Bonvin à Paris (XVe). Depuis combien de temps et… pour combien de temps ?
— Je célèbre depuis quelques semaines – quand on aime, on ne compte pas ! Mais je suis arrivé un peu après la bataille, puisque cette église devait être détruite. Le promoteur ayant obtenu la promesse de vente a voulu la faire abattre par une société de démolition en passant en force. C’est le maire du XVe, Philippe Goujon, qui a empêché, au nom de la loi, la démolition de s’effectuer.

Pour combien de temps ? Je ne sais pas. La meilleure façon de défendre une église est de la faire vivre. J’ai reçu une demande de la part de l’association Communauté chrétienne Sainte-Rita du XVe, association de jeunes catholiques qui ne pouvaient pas supporter la perspective de la destruction d’une église en plein Paris, à l’heure où l’on construit tant de mosquées, et cela pour des raisons purement financières, comme si la primauté du spirituel n’existait plus dans notre société et dans une ville qu’on appelle « la ville lumière », notre chère capitale. Pour combien de temps ? Cela dépendra de la motivation des habitants du XVe et même des Parisiens en général, qui sont venus pour l’instant par le simple bouche-à-oreille. Cela dépendra aussi d’une campagne de levée de fonds que nous prévoyons pour mars-avril 2016, qui permettrait à l’association de sauver l’église en la rachetant à son propriétaire actuel.

Dans tout cela, je me veux personnellement au service d’un bâtiment en péril et d’une communauté catholique romaine qui s’est spontanément créée et qui, après le départ des gallicans et voulant sauver Sainte-Rita, était en quelque sorte en déshérence.
— Comment vous êtes-vous démarqué de vos prédécesseurs de « l’Eglise catholique gallicane » ? Ne craignez-vous pas un « amalgame », pour employer un mot à la mode ?
— Pas du tout ! Les gallicans sont partis, ils ont jeté l’éponge, et c’est parce qu’ils sont partis que j’ai accepté l’offre de laïcs qui avaient besoin d’un prêtre pour que cette église continue à vivre et ne soit pas détruite. Il n’y a aucune ambiguïté sur la forme catholique romaine de la liturgie célébrée à Sainte-Rita du XVe.
— L’assistance à Sainte-Rita, en plein après-midi du dimanche, est-elle nombreuse?
— Je dis la messe à 16 heures, car c’est le seul créneau libre de ma journée du dimanche. Il est bien évident que je continue à célébrer la messe au Centre Saint-Paul, et à prêcher le matin et le soir. A ma grande surprise, cet horaire décalé ne faisant concurrence à personne satisfait plus que je ne m’y attendais la demande pratique d’un certain nombre de fidèles, et nous avons à la messe, pour l’instant, sans autre publicité que celle des réseaux sociaux, entre 60 et 120 personnes, selon les dimanches.
— Avez-vous pu déceler qui venait à Sainte-Rita entendre la messe?
— Parmi les gens qui viennent, il y a d’abord d’anciens paroissiens qui, plus que des gallicans, sont des propriétaires de chiens ou de chats ! Existent aussi ceux que j’appelle amicalement les « zadistes » [occupants d’une « zone à défendre », ndlr] ; quelques chrétiens parmi les zadistes, mais aussi des incroyants ou des musulmans, qui se sont trouvés là début octobre et qui, assurant une permanence sur les lieux, rendent un service signalé à la cause de Sainte-Rita. Se trouvent enfin des catholiques du XVe et d’autres venant de plus loin. J’ai reçu hier un courriel d’une Québécoise qui m’encourageait en me disant sa douleur devant toutes les destructions d’églises, en particulier au Canada francophone, depuis 20 ans.
— Cette église n’a aucun lien avec l’évêché?
— Le maire du XVe m’a garanti que l’église n’intéressait pas directement l’évêché. Par ailleurs, à Sainte-Rita, nous sommes, comme dit le pape François, aux marges de l’Eglise. Pour aller aux marges, il faut parfois – je le dis de tout mon embonpoint – des chevau-légers. C’est dans cette perspective que je me situe, pas du tout pour faire un Saint-Nicolas du Chardonnet bis – Saint-Nicolas est là, et bien là –, pas du tout non plus dans une perspective d’opposition d’autel à autel. Mais pour protéger un bâtiment chrétien qui a tout d’une église en plein Paris, et parce qu’on n’a pas le droit de laisser accomplir sa destruction sans rien tenter.
— Vous avez célébré une messe de minuit. Quel succès a-t-elle eu?
— Ce fut une belle messe de minuit, avec soliste, orgue et chants de Noël populaires, qui s’est déroulée en même temps que la messe de minuit au Centre Saint-Paul, bien sûr. Pas question de déshabiller Paul pour habiller Pierre, ou le contraire !
— Quels sont les obstacles que vous rencontrez?
— Pour l’instant, avant tout une campagne de diabolisation débile, née dans un street press et reprise dans les quotidiens gratuits en mal de copie. Dans cette campagne, on accuse ceux qui logent en permanence dans l’église pour la défendre d’être issus de l’extrême droite. Il suffit de les rencontrer pour constater la taille exceptionnelle de ce nouveau bobard de guerre ! En réalité, ce qui est touchant, c’est que, parmi ces zadistes, beaucoup ne sont chrétiens que de souvenir, ou se disent même incroyants. Mais ils refusent cette logique du profit au nom de laquelle on détruit une église pour construire des appartements et des logements sociaux. Si le profit est notre seul critère, toutes nos églises, à cette aune, sont en danger.
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Propos recueillis par Anne Le Pape
Eglise Sainte-Rita, 27 rue François-Bonvin 75 015 Paris, métro Ségur, Cambronne, Sèvres-Lecourbe ou Volontaires.

samedi 2 janvier 2016

Le Seigneur est avec vous !


Je voudrais vous offrir tous mes vœux, non seulement des vœux de bonheur et de prospérité, mais, plus profondément, des vœux d’accomplissement spirituels. Puissiez-vous faire la découverte de cette force qui est en vous et qui ne vient pas de vous, à travers laquelle vous pouvez, en cette nouvelle année, vous surprendre vous même, vous étonner, vous dépasser.

Je ne peux pas être plus précis dans mes vœux car chacun d’entre nous, nous avons notre manière de nous dépasser, nous apportons notre pierre - irremplaçable – à l’édifice spirituel de la chrétienté. A nous de découvrir quelle est cette pierre. A nous, surtout, de cesser de nous nourrir des vœux aimables ou des vœux pieux de notre entourage, ce gentil brouhaha qui nous entoure et qui nous rassure, en nous entretenant dans une honnête médiocrité. A nous de passer des vœux au réel – ou, si vous me passez cette expression grammaticale, du mode optatif au mode indicatif.

Je vous répète, dans cette perspective, le salut liturgique, emprunté d’ailleurs au Prophète Isaïe : Dominus vobiscum. Non pas – à l’optatif comme on le traduit hélas trop souvent – le Seigneur soit avec vous, mais à l’indicatif, comme un fait dont nous ne prenons pas assez la mesure : Le Seigneur est avec vous. N’ayez pas peur de la violence, ni des guerres, ni des sautes d’humeur du climat. Cette année, le Seigneur est avec vous, il vous tient par la main, il est présent dans chaque recoin de votre existence. N’oubliez pas de le remercier et de puiser en lui la Force qui nous dépasse tous.

Abbé G. de Tanoüarn

mardi 22 décembre 2015

O Clavis David : la clé

Voici la quatrième antienne O :
O Clavis David, et sceptrum domus Israël ; qui aperis et nemo claudit ; claudis et nemo aperit : veni et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris et umbra mortis. 
O Clé de David, et Sceptre de la Maison d’Israël, tu ouvres et personne ne ferme, tu fermes et personne n’ouvre : Viens et fais sortir le captif de la maison où il est en prison, lui qui est assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort.  
C’est en récitant cette antienne qu’il avait dû répéter souvent que le philosophe Alcuin a rendu son âme à Dieu. Parler du Christ comme de la clé, cela va très bien à un philosophe, dont l’abbé Seralda naguère vanta « le personnalisme intégral » - un philosophe personnaliste qui avait conscience que, étant donné le mystère de la personne, c’est clair,  la raison ne donne pas toutes les clés.
Le Christ est la clé en un double sens : d’abord il offre des clés de compréhension, un savoir que personne avant lui n’avait développé, une science de la vie, que la raison ne soupçonne seulement pas.
En un second sens, grâce à ce savoir qui est la Vérité, il exerce une autorité royale, que personne ne peut lui contester : - « Tu es roi, demande Pilate à Jésus ». Et Jésus répond : « Tu l’as dit. Quiconque est de la vérité entend ma voix » (Jean 18). La Clé est en même temps un sceptre : O Clavis, ô sceptrum ! Cette clé qui est un sceptre apparaît comme le signe d’une liberté souveraine, ouvrant des horizons nouveaux à la méditation et à la contemplation.

Mais prenons d’abord le mot clé en son premier sens : clé pour comprendre. 

Il y a un verset de l’Evangile de Luc sur lequel on ne réfléchit pas assez et qui indique bien que le Christ lui-même se voyait comme le détenteur d’un savoir que les pharisiens s’employaient à obscurcir : « Malheur à vous les légistes, parce que vous avez enlevé la clé de la science. Vous mêmes n’êtes pas entrés et ceux qui voulaient entrer vous les en avez empêché » (Lc 11, 52). Dans le passage parallèle de saint Matthieu, il n’est plus question de cette « clé de la science ». Le Christ ne s’adresse pas nommément aux légistes mais « aux scribes et aux pharisiens hypocrites » : « Vous fermez aux homme le Royaume des cieux. Vous n’entrez certes pas vous-mêmes, mais vous ne laissez pas entrer non plus ceux qui le souhaiteraient » (Matth. 23, 13).Et le verset suivant est encore plus hostile aux spécialistes de la loi : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui parcourez les mers et les continents pour gagner un prosélyte et quand vous l’avez gagné, vous le rendez digne de la géhenne deux fois plus que vous ». Un certain enseignement de la loi rend digne de la géhenne, et plutôt deux fois qu’une ! Même saint Paul grand connaisseur et grand contempteur de la loi devant l’Eternel, n’avait pas été aussi loin… La clé n’est pas dans les observances de la loi, qui ne font que nous rendre justes à peu de frais, en nous enseignant à nous hausser du col par rapport à ceux qui ne pratiquent pas les observances… Il ne suffit pas de ne pas manger de porc, ni non plus de se voiler la face quand on est une femme… Ceux qui le pensent sont guettés par le totalitarisme. Non seulement, dit Jésus, ils n’entrent pas, mais, précise-t-il, ils empêchent tous les autres d’entrer.

La clé qui permet d’entrer se découvre plutôt dans un savoir qui nous transforme, le savoir que l’on tient de la foi. Le prophète Isaïe a chanté ce nouveau savoir plus qu’aucun autre des prophètes. Il nous a enseigné son caractère messianique. « Je t’ai fait entendre dès maintenant des choses nouvelles, secrètes et inconnues de toi. C’est maintenant qu’elles sont créées et non depuis longtemps et jusqu’à ce jour tu n’en avais pas entendu parler (…) Non, tu n’entendais rien, tu ne savais rien » (Is. 48, 5). Et ailleurs : « Les premières choses, elles sont arrivées. Voici que je vous en annonce de nouvelles. Avant qu’elles ne paraissent, je vais vous les faire connaître » (Is. 42, 9).

Quelles sont ces choses nouvelles ? Celles que l’Evangile nous fait découvrir, qui ne sont pas les sciences qui porteraient sur tel ou tel objet, mais d’abord les sciences de la vie, nous livrant le secret de l’existence humaine, qui est tout entier dans l’existence divino-humaine de Jésus le Christ.
Pourquoi insister sur la nouveauté de cette science ? Pour comprendre la nouveauté du désir qu’elle fait naître en nous. Le désir de Dieu, s’il mobilise toute notre nature et encore autre chose qui vient d’ailleurs, n’est pas pour autant un désir naturel, quoi qu'en pensent les théologiens. Il n’a rien à voir avec l’un de ces désirs insatisfaits qui croupit au fond de notre ressentiment existentiel, en attente d’un impossible exaucement. Il offre une expérience nouvelle, un élan nouveau, un attachement qui ne vieillit pas.

Mais après la science, la clé signifie l’autorité… On pourrait dire peut-être : une science garantie par l’autorité la plus sacrée.

Immédiatement on pense à l'Evangile de Pierre : « Je te donnerai les clés du Royaume des cieux. Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Matth. 16, 17). Ainsi parle Jésus à Simon qu’il nomme Pierre, parce que, lui ayant dit cela, il en a fait la pierre sur laquelle il bâtira son Eglise. Qu’est-ce que l’Eglise ? Le Temple des définitions du devoir disait un grand poète aixois. Le premier rôle de l’Eglise est effectivement de rappeler la loi. Pour jouer à la Pharisienne, comme le pensait Mauriac ? Non. Aussi bien l’Eglise, en Pierre et aussi dans les apôtres, c’est-à-dire dans les évêques qui sont leurs successeurs, n’a pas seulement la faculté de lier c’est-à-dire  de faire peser les fardeaux sur les épaules de ses membres. Elle a aussi, divinement, la capacité de délier, le pouvoir d’alléger, le don de pardonner ou de réconcilier. Telle est l’autorité christique : essentiellement personnelle, non pas arbitraire, mais tissée dans un rapport miséricordieux, un rapport de personne à personne, de la personne divine à la personne humaine, où il ne s’agit pas de changer quoi que ce soit aux prescriptions, mais de permettre aux hommes de les observer avec humilité et profit – bref dans la charité. C’est dans la charité que l’on peut dire : « Il ouvre et personne ne ferme. Il ferme et personne n’ouvre ». C’est la charité qui est la seule loi, parce que l’amour est la seule loi dont nous ne soyons pas prisonnier. 

En revanche, tout ce beau discours n'empêche pas de devoir constater que nous sommes bel et bien prisonnier de notre nature mortelle. Nous sommes « assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort ». Pourquoi l'ombre ? Nous ne sommes pas encore morts dans cette maison où nous nous sommes retrouvés prisonniers, telle est notre condition d’humanoïdes. Mais nous voyons, si nous ne détournons pas les yeux, l’ombre portée de la camarde qui nous attend. Il nous faut – vite – quelqu’un pour nous faire sortir de là et aussi pour nous faire entrer. Où ? Dans le Royaume, comme dit Jésus. Mais où est-il ce Royaume ? Il n’est pas ailleurs, on y accède pas par la fuite. Jésus le déclare solennellement : il est « au milieu de nous », à portée de main. Mais comment y entrons-nous ? Non par la Loi mais par cette science nouvelle, au cœur de notre cœur et au feu de notre vie : la foi.