samedi 22 novembre 2014

Beaucoup de questions sur le pape...

Je dois dire que je ne peux pas discuter avec tel ou tel sans que finisse par sortir la question : mais ce pape alors ? Qu'allait-il faire dans ce synode ? Ou en est-il ? Que veut-il ? Ou plus profondément encore : qui est-il ?Tout à l'heure encore, on parlait avec des amis de choses et d'autres, du Brésil, de l'Argentine et... du pape. Avec une sorte de tristesse. Les cathos, tradis ou pas tradis, en ont déjà pris tellement sur la calebasse qu'ils sont tout de suite très pessimiste. Pensez : un pape qui s'intéresse particulièrement aux homosexuels dans leur homosexualité ("don pour l'Eglise") et surtout, comme disait la première mouture du Rapport final, rédigée par huit amis du pape, qui s'intéresse particulièrement aux enfants nés de couples de même sexe... Un pape qui assiste... Qui fait communier les divorcés remariés, du moment qu'ils ont exprimé une repentance etc. Un pape qui fait dans le Care plutôt que dans le clair... Il est vrai que d'ores et déjà son image est brouillée et ce n'est pas forcément sa popularité médiatique qui suffira à l'éclaircir.

Je voudrais dire deux choses à ce sujet.

La première c'est que les pressions sur le Vatican pour qu'il change sa morale et qu'il adopte enfin celle de l'ONU sont constantes depuis quelques années. Il me semble qu'elles expliquent déjà, au moins en partie, la démission précipitée du pape Benoît. Souvenez-vous : la Banque du Vatican, sous le prétexte d'un manque de transparence, s'était vue couper les vivres. Il n'y avait plus un euros dans les distributeurs et l'on visitait le Musée du Vatican à condition de payer sa place en liquide. Le système des cartes bleues avait été mis hors service. Le jour de la démission du pape Benoît tout s'est remis à fonctionner. Oh ! C'est sans doute un pur hasard. Mais on ne peut pas m'empêcher de penser que le hasard parfois fait... trop bien les choses. François est donc le pape qui se présente comme tentant de faire évoluer la morale de l'Eglise, pour faire de l'Eglise "un hôpital de campagne" comme il a dit le jour de son élection. Une sorte de vaste ONG où ni le dogme ni la loi ne sont une gêne... On ne les supprime pas, mais cela vient après la pastorale.

Cela me rappelle une très vieille discussion que nous avions au Séminaire pour savoir s'il y avait deux ou trois pouvoirs du pape. Tenant l'adage odiosa sunt restringenda (les choses pénibles, parmi lesquelles l'autorité, doivent être restreintes autant que faire se peut) je tenais personnellement pour deux, avec les théologiens les plus anciens : il y a un pouvoir magistériel du pape, seul ou à la tête d'un Concile, ou encore comme docteur du magistère ordinaire, c'est le Munus docendi, le pouvoir d'enseigner ; et il y a un pouvoir ministériel, le Munus sanctificandi (le pouvoir de sanctifier). Selon moi, le troisième pouvoir, le pouvoir de régir, était issu des deux autres. Issu en particulier du Pouvoir d'enseigner. En y réfléchissant, je n'ai pas changé d'avis : c'est au nom de son enseignement de la foi qui sauve que le pape a le pouvoir de régir le troupeau. De même que le Christ est roi par sa doctrine (Augustin dans le Commentaire du Psaume 59), de même le pape est chef en vertu de son Pouvoir d'enseigner la vérité.

Il faut bien reconnaître que cette vieille doctrine des deux ou trois pouvoirs du pape, tout le monde semble l'avoir oubliée. Tout le monde semble avoir oublié que le pape est essentiellement un docteur. Son rôle est de dire la foi et c'est en tant qu'il dit la foi qu'il a aussi une autorité pastorale et qu'il est Princeps pastorum selon l'expression de l'Epître de Pierre. Il est (seul ou avec les évêques qui lui sont unis) l'Eglise enseignante et nous sommes tous, prêtres et fidèles, l'Eglise enseignée. En revanche, la pastorale concerne les pasteurs de la base, ceux qui ont... j'allais dire les mains dedans.

Le rôle du pape est-il immédiatement pastoral ? Je n'en suis pas sûr. La pastorale disait ce grand pape que fut Grégoire le Grand est "ars artium", l'art des arts. Elle est donc, comme tout art, immédiatement pratique, avec la part de pragmatisme que cela suppose. Comment le grand chef pourrait-il ainsi descendre dans le détail ? Il ne serait pas efficace car son pouvoir ne serait pas proportionné. Dans une situation exceptionnelle, une situation de crise, Jean-Paul II a été une sorte de curé du monde. Mais cela ne peut pas durer.

L'attitude du pape François montre bien qu'il a compris que le rôle du pape n'était pas de s'engager directement dans des choix pastoraux particulier qu'il devrait imposer à toute l'Eglise. Il a voulu laisser le Synode libre de donner un conseil plus proche du terrain que n'aurait pu être le sien. Et... sur les questions sensibles des divorcés remariés accédant à la communion et des homosexuels à accueillir comme tels, il faut bien reconnaître qu'un accord massif n'a pas eu lieu. L'échec est là. On ne gouverne pas l'Eglise comme un Etat, à la majorité simple. Le consensus est nécessaire, il l'a toujours été, même dans l'Eglise de Pie IX, qui est pourtant le pape de l'Infaillibilité pontificale.

Exemple plus récent : les texte de Vatican II ont été votés à une quasi unanimité, ce qui a fait la légitimité de ce Concile, par ailleurs controversé sur la question de son contenu véritable. Ainsi, la constitution doctrinale Lumen gentium sur l'Eglise, l'un des textes les plus importants, à été votée par tous les 2000 participants. Seuls cinq Pères conciliaires l'ont refusée, et pour des raisons qui pouvaient être de droite ou de gauche, sanctionnant finalement un texte pas assez conservateur ou pas assez avancé. L'opposition rencontrée au Synode est énorme et décidée. Je ne vois pas que l'Organisateur puisse passer en force, sans menacer sa propre légitimité de pape.

Mais je crois que, jusqu'à l'année prochaine, il est nécessaire de parler du Synode, en attendant le suivant. Pour montrer que sur un tel sujet l'unanimité ne peut pas se faire et que seul un pape docteur de la foi est unanimement reçu par les membres de la Catholique. C'est ce que nous ferons d'ailleurs dans Monde et Vie, où la semaine prochaine, s'exprimeront en toute liberté sur le sujet Christophe Geffroy et Jeanne Smits. Il s'agit de montrer que la liberté des enfants de Dieu n'est pas seulement un mot. Qu'elle provient de notre foi et qu'elle l'exprime.

samedi 15 novembre 2014

Faire-part ou manifeste

Je suis heureux de voir que mon nouveau job ne laisse pas tout le monde indifférent. Accepter la rédaction en chef de Monde et Vie, c'est quelque chose que je fais avec entièreté, parce que je crois que le jeu en vaut la chandelle. Je ne me cache pas derrière mon petit doigt. Je m'expose donc à être jugé... C'est le jeu justement et je l'accepte. Ce que je souhaite, c'est être jugé sur pièce. N'hésitez pas à vous abonner, ne serait-ce qu'en prenant un abonnement découverte (voir sur le site)

Mon topo sur l'identité chrétienne de la France (ma manière à moi de recevoir la doctrine papale des racines chrétiennes de l'Europe) n'a pas eu l'heur de plaire à certains de mes meilleurs adversaires sur ce Metablog. J'en suis désolé. Me justifier ? Ce n'est pas exactement cela : qui s'excuse s'accuse, et vraiment je ne vois pas quel genre d'excuse je devrais porter à ce sujet.

Je voudrais d'abord rassurer Julien : je n'ai aucune intention de lâcher Metablog, même si, c'est vrai, mes posts s'étaient un peu raréfiés ces dernières semaines. Quant à Monde et Vie, on prépare depuis quelques semaines un site tout neuf, auquel vous aurez accès, peut-être à partir de celui-ci, pourquoi pas ?

Je suis surpris de l'intervention de G2S qui ne supporte pas l'identité au motif que la revendiquer consisterait naturellement à vouloir annexer ceux qui ne la partagent pas. Absurde ! Faut-il s'excuser d'exister pour en recevoir le droit ? Celui qui ne veut pas s'identifier aux patries de ce que Jean Paul II appelait la vieille Europe que lui reste-t-il ? La nature a horreur du vide : il reste le mondialisme consumérisme ou l'impérialisme vert au nom d'Allah akbar... Obligés de choisir !

mercredi 12 novembre 2014

Comme un faire-part...

Ceci est la reprise d'un article-programme du dernier numéro du magazine Monde & Vie

Monde & Vie : le magazine de l’identité chrétienne 

Jean-Marie Molitor, qui dirige la publication, m’a demandé de prendre en charge la rédaction en chef du magazine Monde & Vie qu’il assurait depuis quelques mois. 

Comment conjuguer christianisme et politique ? C’est la question récurrente. Le christianisme n’est pas et ne sera jamais un communautarisme. Mais c’est le levain dans la pâte humaine dont parle l’Evangile, un levain qui manifeste toujours, chez ceux qui l’ont laissé agir en eux, une liberté d’esprit et de cœur.

Notre christianisme ne nous transforme pas en brebis dociles de chapelles putatives. Nous continuerons à nourrir une critique sereine de toutes les pseudo-modernisations du christianisme. Le vin nouveau du Seigneur ne doit pas être mélangé dans de vieilles outres trop humaines avec des préoccupations stratégiques souvent myopes et périmées. Par ailleurs, notre ambition est de travailler pour un bien vraiment commun et de dépasser les conflits entre les catholiques, qui ne sont guère de saison. Il faut montrer la vigueur de la nouvelle génération, qui a manifesté sa force de conviction dans les grandes manifestations contre le mariage homosexuel, et qui cherche à s’engager, à se former sur tous les plans, à vivre de sa Foi, selon une expression souvent reprise par saint Paul. 

Face au déchaînement consensuel des clichés de la Pensée unique, nous discernons un ennemi – non pas une personne ni un groupe de personnes, mais un esprit : l’esprit libéralo-libertaire. De Léon XIII à Jean-Paul II combien de grands papes ont averti qu’ils voyaient dans le libéralisme non pas seulement un principe régulateur des engrenages économiques mais une constante anthropologique globale, que l’on retrouve aussi bien dans le refus a priori des traditions religieuses, dans la lutte politiquement programmée contre toutes les formes de la loi naturelle, dans la pseudo-foi en une Tolérance majusculaire qui interdit toute affirmation de valeurs transcendantes. 

La force de Monde & Vie, c’est la liberté avec laquelle nous disons et redisons notre conviction : entre l’individualisme opaque et le mondialisme idyllique (deux faces de la même médaille), l’attachement de l’Occident aux nations qui l’ont animé est une nécessité vitale. « Les nations disait Jean-Paul II à l’UNESCO en 1980 sont les grandes institutrices des peuples ». Les peuples qui ont perdu ces institutrices irremplaçables sont condamnés à régresser dans l’histoire humaine et à devenir des peuples de sauvageons.

Face à la perspective d’un suicide français, nous parions pour la mémoire collective, pour cette identité historique qui est inscrite dans notre langue, dans nos paysages et dans nos monuments. Nous pensons qu’en France, le sursaut est possible, que les Français vont à nouveau s’aimer eux-mêmes et s’aimer entre eux, pour se redécouvrir tels qu’ils sont : viscéralement catholiques. 

Nous défendons l’Eglise pour la France, mais aussi la France pour l’Eglise.

On vous dit que cette position est ringarde ? Nous sommes persuadés que c’est la seule attitude qui ménage un avenir à nos enfants. Et un vrai devenir à notre pays !

Abbé G. de Tanoüarn
Rédacteur en chef

lundi 27 octobre 2014

Le Synode de tous les dangers : la clé sous la porte ?

« Nous ne nous soumettrons pas à la politique séculariste. Nous ne nous effondrons pas. Nous n’avons nullement l’intention de suivre ces éléments radicaux présents dans toutes les Eglises chrétiennes, y compris certaines Eglises catholiques dans un ou deux pays, ni de mettre la clef sous la porte » Cardinal George Pell
Voici un extrait du dossier paru dans Monde et Vie la semaine dernière à l'occasion de la clôture du Synode. Pour avoir les textes complets immédiatement à parution, il suffit de s'abonner - 62 euros pour un an - à envoyer au 14bis rue Edmond-Valentin, 75 007 Paris. 

Il semble que l'Eglise institutionnel risque de connaître quelques turbulences... Nous suivrons avec attention la crise interne ouverte par ce synode sans précédent. Il est vrai que la langue de buis n'est pas notre fort, mais qui peut s'en plaindre ?

 Le pape François, qui aura 78 ans à la fin de l’année et fait déjà courir lui-même le bruit de sa démission à 80 ans, a voulu aller vite. Très vite. Son objectif ? Mettre l’Eglise à l’heure de ce que les Américains appellent le « care ». « L’Eglise est un hôpital de campagne » avait-il déclaré au moment de son élection. Dans cette perspective, le premier devoir de l’Eglise n'est pas de dire la Parole de Dieu, mais de prendre soin de ses fidèles, de les accompagner et d’être comme une grande « soeur en humanité pour tous les hommes ». C’est dans cette vaste perspective qu’il fallait, sans supprimer la Loi de Dieu (à laquelle les hommes ne peuvent pas toucher) assurer les familles en décomposition ou en recomposition de la sympathie, de la proximité et de l’amour efficace de l’Eglise. Il fallait affirmer que les personnes homosexuelles constituent « un grand don pour l’Eglise » et que les lois de l’Eglise sur l’indissolubilité du mariage étaient susceptible d’un assouplissement, au point que l’on pourrait désormais considérer certains couples de divorcés remariés cicilement comme des couples ayant accès à la communion.
Bugs et re-bugs dans l’organisation
Point commun de ces deux nouvelles approches sur les divorcés remariés et sur les homosexuels : la notion de péché semble oubliée, l’indissolubilité du mariage est mise en cause sans que cela paraisse gêner quiconque dans le camp des réformateurs, ni le cardinal Kasper auteur d’une première réflexion sur le sujet, dans laquelle le mot « péché » n’est pas prononcé, ni le théologien Bruno Forte qui paya de sa personne dans l’élaboration du document Post disceptationem à mi-synode.

Le projet du synode est de grande envergure. Pour montrer qu’il en attend un changement décisif, le pape a annoncé qu’il aurait lieu deux ans de suite sur le même sujet, sentant très vite que quinze jours de discussions ne suffiraient pas. C’est évidemment lui qui a été la cheville ouvrière de ce synode, c’est lui qui en a conçu le fonctionnement, qui a choisi les acteurs, qui a encouragé son porte-parole le cardinal Kasper en soulignant que ce progressiste avéré faisait de la théologie « à genoux » ; c’est lui qui a tenté de faire taire l’opposition lorsque elle a voulu s’exprimer avant le Synode, explique Sandro Magister sans donner les noms ; c’est lui qui a inventé ce document de mi-Synode (post disceptationem), qui ne correspondait pas aux discussions, en couvrant le théologien progressiste Bruno Forte face au cardinal hongrois Erdö, secrétaire officiellement nommé qui avoua aux journalistes qui l’interrogeaient n’être même pas au courant du contenu de ce « premier rapport » (en particulier du texte qu’il contenait sur les homosexuels). C’est le pape encore qui, au dernier moment, voyant que le Rapport final risquait d’être controversé, a nommé, en dehors du fonctionnement normal de l’institution synodale, une commission de six théologiens et cardinaux tous progressistes et souvent liés à sa personne, qu’il a chargés de rédiger le Rapport final.
Le pape veut-il passer en force ?
Samedi 18 octobre, pour la fin du Synode, il y eut d’abord un message (nuntius) qui se tient soigneusement loin de toutes polémiques, se contentant de féliciter les familles unies. Néanmoins, Jean-Marie Guénois, responsable de l’information religieuse au Figaro, a tweeté de Rome les scores du vote pour le Rapport final. Pour trois paragraphes, un sur les homosexuels (n°55) et deux sur les divorcés remariés (n°52 et 53), la commission créée spécialement par le pape, qui avait déclaré pourtant qu’elle avait tenu compte des oppositions qui se sont faites jour durant le Synode, a vu sa rédaction rejetée. Une majorité des deux tiers était nécessaire pour que le texte soit voté, elle n’est pas atteinte[1] mais le temps manque pour voter un texte de substitution, les Excellences et les Eminences devant rentrer chez elles. Apparemment on avait même pas imaginé qu’un vote puisse être négatif. Le pape a donc décidé de publier quand même les paragraphes retoqués (qui ont obtenu la majorité simple). 

Il est clair que nous sommes dans une situation absolument inédite, une sorte de Révolution par le haut. Cela va prendre du temps, mais François semble bien décidé à passer en force. C’est en tout cas ce que l’on peut retirer de la remarque du Père Lombardi, son grand communicateur : « Ces trois paragraphes (52, 53 et 55) n’ont pas eu la majorité qualifiée des deux tiers mais ils ont eu la majorité simple. On ne peut donc pas les considérer comme l'expression d'un consensus du synode mais la discussion va continuer. Il y a encore beaucoup de chemins à parcourir. Le fait que le pape ait voulu que soient publiés, et le texte, et les résultats des votes paragraphe par paragraphe - ce qui est une première - démontre qu'il veut que tous comprennent exactement où en est la discussion et sur quels points il va falloir continuer le travail du synode ». 
Continuer le travail ? En tout cas, la route est tracée, elle l’est de la main du Maître pape, il s’agira de ne pas s’en écarter.
Mène-t-elle quelque part ? Pas sûr.
La dialectique d’un chef en difficulté
Dans le discours de clôture du pape François d’ailleurs, on entend un autre ton, celui du chef qui reprend sa place au centre après avoir été batifoler à gauche.
Le pape a très (trop ?) habilement conclu le Synode en renvoyant dos à dos progressistes et conservateurs. Quelle différence avec son lointain prédécesseur Benoît XV, qui ne voulait entendre parler ni d'"intégristes" ni de "modernistes" mais de catholiques tout court !

François discerne cinq tentations qui ont assailli l’Assemblée synodale. Nous en retiendrons deux, les plus caractéristiques : D’abord « la tentation du raidissement hostile, c’est-à-dire de vouloir s’enfermer dans la lettre, à l’intérieur de la loi, dans la certitude de ce que nous connaissons et non de ce que nous devons encore apprendre et atteindre. Du temps de Jésus, c’est la tentation des zélotes, des scrupuleux, des empressés et aujourd'hui de ceux qu’on appelle des "traditionalistes" ou aussi des "intellectualistes"". 
Deuxième tentation : « La tentation d’un angélisme destructeur, qui au nom d’une miséricorde traîtresse met un pansement sur les blessures sans d’abord les soigner, qui traite les symptômes et non les causes et les racines. C’est la tentation des timorés, et aussi de ceux qu’on nomme les progressistes et les libéraux. » 
Le problème est que l’on met facilement des noms sur les « traditionalistes » qu’il décrit : le cardinal Burke, la cardinal Muller et quelques autres, qui ont réagi très fort durant le Synode. On voit moins qui sont les « timorés libéraux », se reconnaissant dans une « miséricorde traîtresse », sauf à considérer que ce sont, avec le cardinal Kasper et le Père Bruno Forte, ceux justement sur lesquels le pape a voulu s’appuyer lors de ce synode.
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[1] D’après Jean-Marie Guénois, du Figaro, dont voici les chiffres : « Paragraphe sur homosexualité : 118 pour ; 62 contre ; 2 paragraphes sur les divorcés remariés :104 et 112 pour ; 74 et 64 contre ». La majorité des deux tiers était à 123.

dimanche 19 octobre 2014

[Claire Thomas / Monde et Vie] Mgr Pontier, le 1er octobre: quelle morgue !

Ce papier de ma consoeur et néanmoins amie Claire Thomas devait paraître dans le prochain numéro de Monde et Vie. Il n'y paraîtra pas par manque de place... Synode oblige... J'ai pensé que Metablog pouvait l'accueillir avec fruits. 
Le papier de Claire Thomas ne cultive aucune polémique gratuite, mais autant que je le comprends tout au moins, il déplore le fossé que les évêques semblent creuser aux-mêmes entre eux et leur peuple... 
Tant que j'en suis au Synode, je vous signale que je ferai demain lundi 20 octobre 2014 à 20H15 une Conférence sur le Synode au Centre Saint Paul, 12 rue Saint Joseph 75.002 Paris 
GT
Dans un entretien donné à La Croix le 1er Octobre dernier, Mgr Pontier – une fois n’est pas coutume – a parlé sans détour de la légitimité des marcheurs de la Manif pour tous à contester la loi républicaine. Il était interrogé plus précisément sur la grande Manifestation qui aura lieu quatre jours plus tard, le 5 octobre, avec le succès que l’on sait. Soutient-il ? Ne soutient-il pas ? Voici sa réponse in extenso :
« La Manif pour tous n’étant pas un mouvement d’Église, il n’est pas de mon rôle de commenter leur choix politique de manifester dans les rues. La manifestation est l’une des formes de la liberté d’expression dans nos démocraties. Mais cela ne peut pas devenir le seul moyen. Nous, évêques, sommes davantage engagés dans un processus de réflexion, plutôt que dans un combat contre une loi future [en l’occurrence la loi sur la Gestation pour Autrui]. On ne se situe pas sur le plan politique mais sur le plan anthropologique, même si une loi a des conséquences anthropologiques ».
Soulignons d’abord la notion de « mouvement d’Eglise ». Le mouvement d’Eglise, c’est celui qui jouit de l’approbation explicite des évêques et qui peut porter le label de « catholique ». Ce label, la Manif pour tous ne l’a jamais demandé, parce que, par définition ce mouvement prépare un avenir pour tous ; il se bat dans l’intérêt de tous, pour le bien commun. Il n’exprime pas l’opinion d’un groupe ou d’une tribu, fût-elle catholique. Sa contestation porte sur ce que l’on fait subir par le moyen de lois à l’humanité de l’homme. L’enjeu est énorme. Comment les évêques peuvent-ils dire que cela ne les concerne pas parce que le mouvement n’a pas leur label ? Le motif est bien ténu.

Il faut sans doute chercher ailleurs la raison profonde de la timidité de l’évêque : dans la suite de son texte par exemple, dans laquelle il appert que, lui, évêque et patron des évêques, il ne veut pas agir mais réfléchir : « Nous sommes d’avantage engagés dans un processus de réflexion que dans un combat contre une loi ». Quand on pense aux grands Pontifes qui ont fait la France au Vème siècle en faisant face aux Barbares : eux n'ont pas eu peur de l'action… Cette prétention exclusive à l’intellectualité a quelque chose… d’absurde ! Mais puisqu’on est parti, il n’y a que le premier pas qui coûte : allons aux grands mots pour y trouver les grands remèdes : « On ne se situe pas sur le plan politique, continue Mgr Pontier, mais sur le plan anthropologique ». Anthropologique ! C’est parce que l’enjeu est anthropologique qu’il est indifférent de manifester ou de ne pas manifester, et que l’on peut se contenter de discuter ?

Dans ce dernier trait, il y a un double mépris : mépris envers les manifestants pour tous, qui sont présentés comme incapables de s’élever à cette hauteur de l’anthropologie, c’est-à-dire du discours sur l’homme. Qu’en pense François-Xavier Bellamy, manifestant pour tous et auteur d’un des best sellers de la Rentrée, un essai sur les Déshérités (chez Plon) - qui est une réflexion anthropologique, comme les évêques n'en ont pas encore produite ? Bonjour tristesse !

Je crois qu’il y a un autre mépris, plus caché, le mépris pour l’anthropologie justement. Lorsque l’on rencontre une problématique qui va jusqu’à mettre en cause l’anthropologie, on ne la prend pas à la légère, on n’exclut pas délibérément toute forme d’action, ou alors c’est que l’on s’enferme dans les prestiges faisandés d’une parole qui n’ordonne jamais l’action. Parole épiscopale ?

Reste, du point de vue pastoral (eh oui ! du point de vue de l’art du berger) une extraordinaire gaffe de l’évêque s’arrogeant le souci exclusif de « l’anthropologie » face à ses fidèles qui peuvent bien marcher... mais qu’il n’encouragera pas.
Claire Thomas

jeudi 16 octobre 2014

Saint Augustin fait recette

Beaucoup de monde ce soir au François Coppée pour la première séance "Saint Augustin". Le premier étage est trop petit. Nous envahissons le rez-de chaussée. J'ai admiré cette foule de gens attentifs sur des sujets pas très faciles. J'ai admiré cette volonté de savoir, ce désir de comprendre ce qui a pu mouvoir cet esprit si délié à se donner entièrement au Christ. J'ai conclu sur un extrait du Livre 8 des Confessions que j'aime beaucoup : "Les méditations, dit Augustin, les réflexions que je faisais sur toi, mon Dieu, ressemblaient aux efforts de ceux qui veulent s'éveiller et qui pourtant ne peuvent faire surface et sombrent à nouveau dans les profondeurs du sommeil" - en latin ne peuvent faire surface se dit : superati soporis altitudinis : vaincus par la profondeur du sommeil. Spirituellement nous sommes souvent vaincus par la profondeur de notre "sommeil dogmatique" (Kant dixit), par la force de nos habitudes, par le diktat de notre confort. Entrer dans la vie spirituelle, c'est comme accéder à l'action véritable, nous réveiller de notre sommeil (selon une image qui est aussi dans saint Paul) - vivre.

Facile ? voyez un peu plus loin dans le livre VIII : "L'esprit commande au corps, on lui obéit aussitôt. L'esprit se commande à lui-même : on lui résiste. Il commande - dis-je - de vouloir, lui qui ne commanderait pas s'il ne voulait pas : et il ne fait pas ce qu'il commande" Saint Augustin est l'homme qui a inventé la volonté comme concept philosophique, après que saint Paul l'ait évoqué comme réalité théologique. A quelles conditions pouvons-nous devenir des êtres volontaires ? Nous ne le pouvons pas sans la foi. En revanche, avec la foi (comme le remarque Descartes), on peut vouloir à l'infini, alors que l'intelligence humaine, elle, n'accèdera jamais à l'infini.

Ce n'est pas l'intelligence conceptuelle dont les représentations sont tellement limitées, c'est l'acte de la volonté, que l'on peut appeler la tendance intellectuelle, qui nous permet d'accéder à l'Absolu. Pour saint Augustin, le seul problème c'est de parvenir à aimer. "Notre coeur est inquiet jusqu'à ce qu'il trouve en Toi sa quiétude". "Mon amour est le poids qui m'entraîne".