vendredi 29 août 2014

Pas la bonne page [par RF]

[par RF] Chers visiteurs, vous le savez: les messages de ce MetaBlog sont ouverts aux commentaires, parfois même très critiques. Cependant j’en ai zappé deux aujourd’hui. Il y a celui qui sans même écrire le mot «juifs», explique benoîtement qu’ils gouvernent la France en sous-main... Et celui qui suggère que venant de la banque Rothschild, notre nouveau ministre de l’économie est forcément inféodé à des intérêts communautaires, etc.

Merci, mais il est tout à fait inutile d’espérer acclimater ce type de querelles sur ce blog. Vous n’êtes pas ici à la bonne page si vous venez y alimenter votre judéomanie. Il y a des sites et des forums pour cela. Allez-y, et de préférence restez-y. Vous en tirerez les conclusions que vous voudrez, qui éventuellement vous feront plaisir.

Il n’est pas inintéressant de connaître l’histoire des différentes communautés qui se surajoutent au vieux substrat français, ni d’étudier le rôle que jouent les origines sur les comportements. Mais le sujet est glissant, et propice à toutes les provocations. Certains connaissent peut-être «Biedermann et les incendiaires», de Max Frisch: c’est l’histoire d’un type que accepte d’héberger un inconnu, parce qu’il ne veut pas passer pour timoré et soupçonneux. Disons que je vois très mal ce blog dans le rôle de la maison des Biedermann.

Dé/baptême de la France [par RF]

[par RF] La France baptise de moins en moins ses enfants : 71% de baptêmes en 1980, 47% en 2000, et 32% l’an passé. On a beau le savoir, ça laisse une impression bizarre quand tombent les chiffres, chaque année plus mauvais que l’année précédente. Le journal La Croix a établi une carte interactive intéressante que j'insère ci-dessous: posez-y le curseur de votre souris et jouez avec la molette. On y observe la disparité qu’il y a entre le diocèse de St-Flour par exemple (75% d’enfants baptisés) et celui de St Denis (9%). On a là à peu de choses la carte d'une France encore ancrée dans ses traditions, par opposition à une France… d’après. 

La chute étant approximativement linéaire, on peut situer chaque diocèse dans le temps. Celui d’Angers (46%) est un peu en retard sur la dégringolade générale, sa situation est celle de la France de 2001 ; à Chalons (61%) on est encore à la fin des années 1980. A contrario Toulouse (25%) est en avance et préfigure les années 2020, tandis que Créteil (16%) nous parle des années 2030. 

Par contrecoup, les baptêmes d’adultes se font chaque année plus nombreux (6.100 en 1980 / 27.000 en 2011), cela ne compense pas la chute globale, mais par effet de ciseau (moins des uns, plus des autres) les adultes représentent déjà plus du dixième des baptêmes annuels.

jeudi 28 août 2014

Saint Augustin : mais c'est sa fête aujourd'hui

Je continue, pour sa fête, l'éloge de saint Augustin que j'ai entrepris. J'ai parlé de la forme merveilleuse de sa parole, qui à elle seule nous découvre tout ce qui est en nous et qui échappe à notre conscience représentative. Ce matin encore, je m'escrimais sur la première page des Confessions : Fecisti nos ad te, Tu nous a créés tournés vers Toi et notre coeur est inquiet tant qu'il ne trouve pas en toi sa quiétude... Saint Augustin se préoccupe de la quiétude (et de l'inquiétude) de chaque âme. Il fait de la vie intérieure, par le miracle de sa plume, un spectacle vivant et vibrant, qui comme l'explique Pierre de la Coste a ébranlé le monde au XVIème et au XVIIème siècle.

Mais on assiste, au fil des années, jusqu'à sa mort en 430 dans Hippone assiégée par les Barbares, à l'extension constante du domaine de sa recherche. Lorsqu'il aborde son grand Oeuvre, La Cité de Dieu, il montre l'ampleur de sa recherche, entre philosophie des religions, éthique, sociologie, politique, psychologie, phénoménologie ou théologie spirituelle. Il rapproche les disciplines avec audace, sonnant sans le savoir le rendez-vous de l'Universitas médiévale et donnant le branle au progrès des savoirs enlacés. Quel domaine dans les sciences de son temps lui sera resté fermé ?

Mais l'audace n'est pas tout, il y a encore le talent du pédagogue. Il suffit de lire un de ses Sermons, tiens le Sermon 9 sur le Décacorde (qui est le Décalogue, extraordinaire, divin facteur d'harmonie auquel il ne doit pas manquer une corde) : on sent le professeur qui a donné des cours et qui veut qu'on l'entende. Il sait se faire comprendre, quitte à se répéter. Il cherche toujours l'exposition la plus claire et la plus convaincante des arcanes de la Divinité où il a osé aventurer sa plume...

Et surtout, Augustin, c'est l'homme de l'ordre, avec un paradoxe : l'ordre pour lui n'est pas tant l'ordre du monde (qui frappa tant un Aristote par exemple) que l'ordre de l'esprit, celui qui se donne à croire dans une forme d'évidence forcément intelligente. Cet ordre de l'esprit souverain, lui permet d'observer en lui-même la profondeur de l'Infini : intimior intimo meo, plus intime que mon intime et plus élevé que ce qu'il y a de plus élevé en moi. Cet ordre de l'esprit propose une sorte de prophylaxie :  à quelles conditions l'esprit est-il capable, non de se dégrader dans ce qui fera sa honte, mais de se respecter lui-même ? C'est la première question qu'Augustin pose dans ses Confessions. Le respect que l'esprit doit éprouver pour lui-même s'objective dans la foi en Dieu

mardi 26 août 2014

Libres réflexions sur un crash politique

Arnaud Montebourg, dont on connaît les sorties fracassantes et qui vient d'annoncer sa sortie fracassée du Gouvernement de l'échec, a commenté son départ en citant saint Augustin, sinon littéralement, au moins dans l'esprit : "Il ne faut pas craindre de perdre ce que l'on a pour être ce que l'on est"... Ca ne l'empêchera pas de toucher sa solde de ministre. Au moins peut-il, fidèle à Gabriel Marcel plus encore qu'à saint Augustin, nous refairte le coup de l'être et de l'avoir. Cela pose la grande question (non polémique) : comment peut-on être de gauche aujourd'hui ? On peut parler de gauche. Mais quelle politique suivre ?

Benoît Hamon et Aurélie Filippetti (l'un à l'Education nationale, l'autre à la Culture) ont été plus explicites. "La rigueur budgétaire ne peut pas être un but en politique" a déclaré le Ministre de l'Education nationale. Evidemment. Surtout pour un ministre de gauche dont le but en politique est d'arroser ses "clients" électoraux de toutes sortes de subventions étatiques. Aurélie la Cultureuse vend carrément la mèche en déclarant avec fracas : "On a encore le droit d'être de gauche". Encore ? Mais pour combien de temps ? Le Pays est ruiné, au bord de la déflation et de la décroissance. Les Français n'en peuvent plus d'un impôt qui tend à devenir confiscatoire, au point qu'aujourd'hui même les socialistes répètent sentencieusement : "Trop d'impôt tue l'impôt". Il faut prendre des décisions qui sont avant tout de gestion mais le ministre de la Culture se préoccupe, elle, de sa virginité idéologique : comment être et rester de gauche quand on est concrètement au service d'un Etat Titanique ? Le principe de réalité rattrapera-t-il le principe de plaisir ? Pas pour tout le monde en tout cas. Certains, à gauche, revendiquent le droit de n'être pas des gestionnaires. Panache et culte de l'inutilité. Ils ont décidément la haine... du réel : "On a encore le droit d'être de gauche".

La perspective de Benoît Hamon et celle d'Arnaud Montebourg ne sont pourtant pas tout à fait de la même eau que celle, adolescente presque, d'Aurélie la Cultureuse. Pour eux c'est la France qui va mal, c'est la France qu'il faut soigner. Pas en la saignant avec des mesures de rigueur, mais en lui assignant des buts, en réfléchissant à des objectifs nouveau, en pratiquant, face à la Finance internationale et à l'impérialisme économique allemand,  un sain nationalisme économique (oh ! ils ne l'appelleraient sans doute pas ainsi, c'est égal). Le retrait de Benoît Hamon et d'Arnaud Montebourg signifie moins la volonté, affichée envers et contre tous, de rester de gauche que le désir de conserver une politique économique à la France. C'est l'obsolescence de la Gauche idéologique et partisane comme de la gauche libérale au service de l'Internationale financière ("ce grand cadavre à la renverse comme disait BHL en d'autres temps) qu'ils manifestent dans leur indépendance d'esprit vis à vis du PS et du Gouvernement de M. Valls.

Pour un tel pavé dans la marre aux canards, Montebourg a raison, saint Augustin n'était sans doute pas de trop.

lundi 25 août 2014

Augustin... Qu'est-ce qu'on y trouve de si exceptionnel ?

Ce n'est pas tout à fait un hasard si on redécouvre Augustin Au fond, il exauce le désir que la phénoménologie, qui l'a fait surgir, me paraît incapable de satisfaire : désir de considérer la vie intérieure non comme un ensemble assez nébuleux de courants d'air en sens contraires, mais comme un ensemble de faits, observables, et qui, quel que soit le signe qu'ils portent, qu'ils paraissent plutôt positifs ou plutôt négatifs, disent tous la même chose au fond - ce qui donne forme et vérité à la quête augustinienne. Husserl avait noté l'importance d'Augustin dans son cours sur la conscience du temps. Mais la conscience du temps est un cas particulier (au livre XI des Confessions) qui certes permet de constater la perspicacité d'Augustin, mais qui ne nous dévoile qu'une partie de son génie... Augustin n'a pas son pareil comme analyste de notre vie intérieure, et il sait dire cette analyse, dans une langue pétrie d'images et de néologismes, à la fois précise et paradoxale, qui nous représente efficacement l'insaisissable.

La forme a une grande importance chez Augustin. Je me hasarderais à dire qu'elle fait tout son prix. C'est un peu la même chose chez saint Thomas d'Aquin, ce génie de la langue latine, qui a la sobriété, qui a l'économie de paroles des vrais professeurs. Il y a tant de théologiens qui écrivent mal, et qui, disant des choses matériellement passionnantes, les disent en prêchant dans le désert. Augustin, lui, cherche avec élégance et trouve avec éloquence. Attention : c'est un diesel : il lui faut du temps ou plutôt de l'espace pour se livrer à cet exercice d'invention ou de découverte des perles précieuses de la théologie. Mais quand il a trouvé, quelle jubilation ! Il vous emporte. Vous n'avez pas le temps de protester : vous êtes à lui. Il vous comble. Mais le pire c'est que, satisfait, lui, il ne l'est pas. il remet sans cesse son ouvrage sur le métier, toujours en recherche d'une plus ardente formulation, c'est-à-dire d'une expérience plus justement, plus fermement exprimée.

Je prendrais un exemple, qui m'occupe en ce moment : le premier chapitre du Livre III des Confessions de saint Augustin. L'abbé Laguérie m'a demandé cette année de prêcher la retraite des prêtres de l'IBP. Je les entretiens donc - en bon monomaniaque ou pour mutualiser l'effort, comme vous voudrez - de saint Augustin. Non pas dans l'abstrait, en essayant de reconstituer ses grandes idées dans une sorte de digest, qui serait en l'espèce fort indigeste. Non : en prenant son texte à bras le corps, en écoutant le rhéteur, en essayant de faire toucher du doigt les oscillations de son analyse, le rythme de sa pensée. A ce rythme, direz-vous, on n'avance pas très vite ? Qu'importe ! L'ensemble de l'oeuvre, dans son intentionnalité profonde, peut tenir en quelques lignes. Ainsi en est-il de ce chapitre, où l'on a l'impression de... toucher le fond.

Pour qualifier l'intensité de son idéal spirituel, avant même qu'il ne soit parvenu jusqu'aux rives de la foi, saint Augustin à cette formule célèbre : "Je n'aimais pas encore, mais j'aimais aimer". "Je cherchais sur quoi faire porter mon amour dans mon amour de l'amour et je haïssais la sécurité [securitatem oderam] et les chemins sans souricière. Car il y a une faim en moi, dans mon intime pour une nourriture intérieure. Mais hélas cette faim n'excitait pas mon appétit. Je n'avais aucun désir des nourritures spirituelles. Ce n'est pas que j'en étais saturé, mais plus j'étais à jeun, plus j'étais écoeuré"...

La qualité que saint Augustin se reconnaît à lui-même ? Au moins, ce n'est pas un fonctionnaire de Dieu. Cet amour de l'amour qui le travaille est une sorte de prédisposition (une prédestination ?) aux choses grandes que Dieu lui fera faire. Au moins peut-il dire, et, oui... il s'en vante presque : "Je haïssais la sécurité et les chemins sans souricière". Pascal dira, comme en écho à cet Augustin-là, l'importance du risque, la nécessité du Pari dans la vie spirituelle. Avec Dieu, on gagne à tous les coups, on le sent, mais on ne le sait qu'après.

"Il y a une faim de Dieu, mais cette faim n'excitait pas mon appétit". J'ai un vieil ami qui a coutume de dire : "Je n'ai pas faim mais je mange de bon appétit". Mais ca ca fait juste du lard... Ce n'est pas sain. Saint Augustin ici dit le contraire en opposant à fames [la faim] le verbe esurire [avoir de l'appétit]. Pour Dieu, il y a en nous une vraie faim : nous sommes tellement vide que nous ne pouvons pas ne pas désirer la Plénitude. Mais nous n'en avons pas conscience, parce que nous manquons d'appétit... Voilà ce qu'il faut répondre à tous ceux qui tiennent la théorie du désir naturel de voir Dieu : oui il y a en nous une faim de Dieu, mais nous ne la connaissons pas et donc nous ne l'éprouvons pas.

La connaître, la reconnaître en soi, cette faim de Dieu, c'est se préparer à l'éprouver à l'Infini. Sans jamais saturer. Si je sature spirituellement, c'est le trop peu qui m'écoeure, note opportunément Augustin dans le texte que nous venons de citer. Le trop peu : celui qui ne connaît pas les richesses de l'esprit n'éprouve pas les consolations de l'esprit, et - ajoute le Christ dans l'Evangile d'aujourd'hui (saint Louis) : "à celui qui n'a pas on enlèvera même ce qu'il a". La pénurie spirituelle s'autoreproduit, comme la satisfaction pulsionnelle appelle une autre satisfaction pulsionnelle. Moins on possède spirituellement, plus on est écoeuré de ce que l'on possède. Qui a eu le courage de poser cette évidence permettant si bien de cerner la fragilité de notre nature ? Augustin seul. Il n'a pas son pareil.

dimanche 24 août 2014

Carcan [par RF]

[par RF] Le maire de Béziers a permis que la feria traditionnelle soit précédée d'une messe. En protestation, des voix se sont élevées, des cheveux se sont dressés, etc. Cela indique assez le poids du carcan qui nous enserre, du gauchisme culturel qui nous étouffe. Je ne développerai pas, la plupart d’entre nous trouveront 1.000 exemples de la chose, pour peu qu’on veuille bien faire la différence entre «la gauche»… et «le gauchisme» dont se plaignaient déjà Lénine ou Duclos. Je veux juste vous faire part de trois intuitions que j’ai à ce sujet:

D’abord que ce carcan tombera peut-être… ou peut-être pas, mais qu’enfin rien n’est gravé. Il est possible qu’il s’alourdisse sans cesse, mais ce n’est pas inéluctable. Rien n’est pas gravé, et si improbables que soient certains événements: il arrive qu’ils arrivent. On aurait dit à nos ancêtres de 1847 qu’un Bonaparte (re)monterait sur le trône, ils auraient haussé les épaules. Il y a peu de chance que vous gagniez à la loterie, pourtant quelqu’un gagnera, c’est certain, et en sera le premier surpris.

Ensuite, que quand le carcan tombera, ce sera par pans entiers. Telle chose est impossible? mais voilà qu’elle advient, et tout ce qui s’y rattache vient avec. J’apprends par exemple qu’il y a à Béziers un aumônier des arènes. L’an prochain la messe semblera toute naturelle, et qui sait si dans deux ans l’évêque, qui est celui de Montpellier, ne s’y fera pas représenter. Quand les digues pètent, ça coule rarement au goutte-à-goutte – voyez le mur de Berlin.

Enfin j’ai l’intuition que le vernis pourrait craquer non pas dans la hargne et l’aigreur mais dans une bonne humeur printanière. J’ai été frappé récemment lors d’une élection partielle. S’opposaient au second tour le ‘jeune’ (20 ans et quelques) soutenu par le FN, et le ‘vieux’ (l’âge d’être son oncle) soutenu par tous les autres (de l’UMP au PCF). L’air grave, le ‘vieux’ invoque l’amour sacré de la patrie républicaine, la nécessité de… mais à ce moment, le ‘jeune’ rit. Son rire n’est pas méprisant, ni agressif, ni forcé – juste joyeux. Il rit comme on rit à la fin du repas, quand le tonton pince-sans-rire s'essaye à un sketch: presqu’avec connivence. C’était… destructeur.

En gros, je crois possible que disparaissent du paysage les censeurs et les pions, les Bernard Henri-Levy, les Benjamin Biolay et les Aymeric Caron, non quand on aura retoqué point par point leur morale, mais quand on s'autorisera à répondre d'un grand éclat de rire.