mercredi 27 juillet 2016

Comment le christianisme est viril

Le psaume 30 brosse un tableau terrible de la condition humaine. Mais il est formel - au moins dans la version latine de saint Jérôme : Viriliter agite et confortetur cor vestrum, omnes qui speratis in Domino. Agissez de manière virile, dit l'Esprit saint aux croyants des deux sexes, et votre coeur s'en trouvera conforté. "Soyez viriles, mes filles" lançait en échos sainte Thérèse d'Avila. Il y a dans les écrits inspirés comme dans les écrits des saints la trace constante d'une mystérieuse logique de l'action : "Celui qui FAIT la vérité vient à la lumière" (Jean 3, 21). Cette logique de l'action renforce ceux qui la pratiquent avec foi, ceux qui vivent dans l'Espérance (omnes qui speratis in Domino, dit le Psaume). C'est véritablement ce en quoi consiste la virilité selon l'Ecriture, la capacité à mettre de côté tout état d'âme, toute peur, toute inquiétude, toute faiblesse, pour agir, quoi qu'il en coûte, de manière conforme à la foi qui est en nous. Cette action humaine rencontre, d'une manière indicible, la grâce de Dieu qui la fait être. Et c'est cette fusion sans confusion entre la grâce et la liberté, cet avènement de la liberté dans nos coeurs par la force adventice de la grâce qui fait le flamboiement de l'âme habitée par la foi.

Cela dit, attention : la virilité dont parle le psaume 30 n'a rien à voir avec la testostérone. Ou bien disons plus précisément qu'elle est son analogue surnaturel. Analogue ? C'est simple : lorsque Thérèse d'Avila enjoint à ses soeurs d'être viriles, elle ne leur demande en aucun cas de devenir des femmes à barbe ! Il y a c'est vrai, dans chacun des deux sexes, quelque chose de la perfection divine. Très tôt Dieu est comparé non seulement à un père (plus rarement qu'on ne le pense avant le Christ, qui est le premier Fils de Dieu) mais à une mère ("Si une mère pouvait oublier son enfant, moi je ne t'oublierai pas dit le Seigneur" Isaïe 60). Mais ni la féminité ni la virilité ne portent en eux-mêmes leur accomplissement ou leur perfection. Pas de perfection féminine sans une virilité qui la provoque. Pas de perfection virile sans une féminité qui l'adoucit. Dieu seul est parfait en lui-même.

La virilité spirituelle ou surnaturelle est donc analogique à la virilité naturelle. Mais, au moins si l'on fait confiance en ce schéma analogique que nous a légué Aristote et qu'a si bien illustré Cajétan, il faut reconnaître qu'en disant CELA, nous affirmons (c'est le secret de l'analogie) que la virilité spirituelle est vraiment virile, mais... autrement ! Elle n'est pas moins virile que la virilité naturelle et, en prime, elle est réellement accessible aux deux sexes, comme en témoigne Thérèse d'Avila. A l'opposé, notre sociétés de femmelins (selon le néologisme cher à Proudhon) est une société qui a commencé par perdre, avec la foi et l'espérance, tout ce que j'ai appelé dans le premier paragraphe la virilité spirituelle. On y vit dans l'instant, sans fidélité à long terme, sans projet, sans destin, sans aucune manière de dominer le temps. La formule qu'Imre Kertesz avait découverte dans les camps de concentration nazis, "nous sommes des êtres sans destins" s'applique parfaitement à cette émasculation spirituelle que nous subissons tous dans la société instantanéique dans laquelle nous baignons.

Il est vrai que le christianisme a spiritualisé la virilité comme à peu près tout ce qu'il touche. Faut-il le regretter ? Non, puisqu'ainsi il a mis la virilité à la disposition des deux sexes.

Mais essayons d'aller au bout de l'objection. Il arrive fréquemment d'entendre : la religion chrétienne est une religion de femmes... Il est vrai qu'en tant qu'il est la religion du coeur, le culte de la charité, le christianisme a toujours été très ouvert aux femmes. L'amour est incontestablement naturel aux femmes. Il est, chez les hommes, plus volontaire (ne généralisons pas trop cependant !). Mais il suffit d'entendre à nouveau, dans saint Luc, les deux disciples d'Emmaüs disant au Ressuscité avec lequel ils font route depuis un petit moment, mais qu'ils n'ont pas reconnu : "Quelques femmes, qui sont des nôtres, nous ont il est vrai stupéfiés, nous disant qu'elles ont eu la vision d'anges qui le disent vivant". Ce sont les femmes qui annoncent la résurrection du Christ aux apôtres et, dans l'Ecriture, c'est Marie Madeleine qui le voit la première, au point qu'on l'appelle l'apôtre des apôtres.

Pour autant , si le coeur est notre féminité spirituelle à tous - homme et femme -, nous avons essayé de démontrer avec le psaume 30 que la foi et l'espérance sont des vertus viriles, qui parce qu'elles sont surnaturelles sont accessibles aux deux sexes. L'attitude du croyant - faite de foi, d'espérance et de charité - est donc spirituellement androgyne. Il retrouve ainsi une complétude qui existait dans le plan de Dieu avant que la sexuation ne devienne une coupure (selon le verbe latin secare), avant que le monde de l'homme et le monde de la femme ne deviennent deux mondes qui ne se rencontrent pas souvent.

Quant à ceux qui voudraient une religion virile au sens naturel de ce terme, ils sont effectivement servis avec l'islam : la polygamie (pas plus de quatre femmes légitimes dit le Coran) est une institution éminemment virile. Je dirais que l'homme est naturellement polygame. Par ailleurs (peut-être une musulmane me détrompera-t-elle) le paradis d'Allah me semble avant tout viril par les plaisirs qu'il offre. Troisièmement, la violence est la première manifestation du Sacré, comme Daesh entend nous en administrer la preuve presque chaque jour en ce moment. Enfin et surtout, cinquièmement, le Coran propose une foi sans la charité universelle qui va avec dans l'Evangile, la virilité de Dieu sans sa féminité avons-nous dit. Mais "la vérité sans la charité est une idole" comme dit Pascal. Isoler la virilité que représente la foi, en l'abstrayant de cette charité féminine, qui est pourtant le "seul accomplissement du précepte" dit saint Paul, c'est effectivement enfermer le Saint Esprit dans la testostérone. On a vu ce que cela avait pu donner le 14 juillet dernier avec Mohamed et sa virilité, au volant d'un camion de 19 tonnes.

Religion d'homme l'islam ? Assurément et c'est sa perte... Il n'est qu'une religion d'homme. Au contraire, dans le christianisme dit saint Paul, il n'y a ni homme ni femme car, spirituellement, il y a et la virilité intrépide de la foi espérante et la délicatesse féminine de la charité.

NB : Je parle ici du Masculin et du Féminin, le sujet que je me suis donné m'y oblige. Dans la réalité personne n'est le Masculin ou le Féminin. L'Homme ou la Femme archétypes n'existent pas. Ainsi, un couple n'est pas l'alliance de deux natures (masculine et féminine) mais de deux personnes, à savoir un homme et une femme, chacun comportant un étrange alliage de masculinité et de féminité spirituelles. 

mardi 26 juillet 2016

Le sacrifice du Matin

Le Père Jacques Hamel était un prêtre sans histoire, mais prêtre de toutes ses fibres. Ainsi la victime a-t-elle été choisie. C'est le prêtre qui était visé par les deux terroristes et le prêtre célébrant le saint Sacrifice de la messe, disant, matinal, sa messe quotidienne. Il ne s'agissait pas de tuer du chrétien : la messe dominicale aurait été le moment approprié pour cela. Il s'agissait d'atteindre, de toucher le sacerdoce catholique, en faisant du prêtre la victime. Il y a eu, d'après Soeur Danielle, celle qui a prévenu les secours, une sorte d'antiliturgie monstrueuse. Après une sorte de prêche en arabe, les deux hommes ont fait mettre le prêtre à genoux avant de l'égorger. Au couteau. Soeur Danielle n'a pas pu regarder, elle s'est échappée.

Qu'aurait-elle vu? L'un des deux jeunes avait dix neuf ans. Il habitait la commune. Ni son nom ni celui de son complice n'ont encore été donnés ce 26 juillet au soir. Nous n'avons que son prénom Adel et une initiale: K. Et pourtant les policiers locaux le connaissaient. Peut-être le Père Jacques aussi le connaissait-il... Et c'est parce qu'il le connaissait, dans une sorte de quête de l'intimité dans le crime, que ce terroriste sans nom l'a égorgé. Cette affaire en tout cas est avant tout une affaire locale. Syrie ou pas, cette petite messe du matin sent le terrorisme de proximité.

Qu'est-ce que cet égorgement signifiait pour Adel K?

Au bout de 2000 ans de christianisme, nous Occidentaux, nous ne comprenons pas ce geste parce que pour nous la Victime est toujours plus sainte que le bourreau. Lorsque Joseph de Maistre a écrit son Eloge du bourreau (après ses Eclaircissements sur les sacrifices) il avait conscience d'aller à l'encontre de l'idée reçue en christianisme qui est celle de la sainteté des victimes. Pourquoi les victimes sont-elles saintes ? Elles sont toutes, elles sont toujours des images du Christ crucifié. Mais le terroriste sans nom n'est pas un chrétien, il n'a pas reçu l'évangile, la bonne nouvelle de l'innocence des victimes.

Adel K vient d'un monde a-chrétien, d'un monde encore moralement archaïque, où les victimes sont toujours coupables, ne serait-ce que parce qu'elles sont des victimes. Il a voulu montrer au Père Jacques sa culpabilité et la Puissance d'Allah. Allah ouakbar s'est-il écrié. Allah est le plus grand, il est vainqueur. Dans ce sacrifice de mécréant, qu'il a commandé (voyez la sourate 9 du Coran) et donc en quelque sorte commandité, dans ce sacrifice réalisé en son honneur, Allah désigne le vaincu, celui dont le sang coule sous le couteau. Ce crime, pour les musulmans radicaux, est une sorte d'ordalie. Un jugement de Dieu, qui déclare la non-violence chrétienne périmée et sonne l'heure de la violence sacrée, au nom de l'islam.

L'islam (d'après les musulmans) est la dernière des religions, celle qui contient tout le message divin. Message simple : il n'y a pas d'autre Dieu qu'Allah et la terre est donnée aux soumis à Allah. Message efficace, qui produit immanquablement une dialectique par rapport à tout ce sur quoi il se surimpose, que ce soit les cultes non Bibliques, ceux du temps de l'ignorance, que ce soit le culte juif, que ce soit aussi le culte chrétien, qui ose faire de Dieu une victime en Jésus Christ... Pour le Coran, Jésus n'a pas été victime, il n'a pas été crucifié, Allah ne l'a pas permis. Il est le plus fort. D'ailleurs, les chrétiens ont tort de se victimiser. N'ont-ils pas donné le terrain (en 2000) sur lequel a été bâtie la mosquée salafiste de Saint Etienne du Rouvray? Bien fait pour eux! Ce sont des loosers! Des perdeurs professionnels, avec leur Dieu victime. Leur messe, sacrifice de la victime divine, est redevenue, grâce au jeune Adel K et au rituel qu'il a improvisé autour d'un couteau (il n'avait pas d'autre arme sur lui), un sacrifice "normal", le sacrifice des perdants.

Je suis sûr que dans notre monde déchristianisé beaucoup sont justement de l'avis d'Adel K. Oui, les chrétiens nous emm. avec leur sacrifice. Comment peuvent-ils mettre Dieu du côté des victimes ?

Eh bien ! Il me semble que le martyre du Père Jacques est une extraordinaire parabole sur l'histoire qui nous reste à vivre, sur la victoire programmée de ceux qui hurlent "Allah est le plus grand" et sur leur défaite finale. Ces gens confondent les martyrs et les tueurs. Mais leur "réalisme" est inhumain, il est monstrueux. L'Evangile apparaîtra plus que jamais comme la seule alternative à ce Pouvoir absolu des plus violents. "Heureux les doux car ils posséderont la terre". Le Père Jacques est mort sans un mot, mais il prophétise la victoire du Bien, par la médiation de la souffrance acceptée, le vrai sacrifice, le sacrifice du matin, celui qui annonce un jour nouveau pour l'humanité, enfin prête à reconnaître son incurable violence, et prête à s'en remettre au Christ qui la sauve d'elle-même.

samedi 16 juillet 2016

A propos de Radio-Courtoisie

Depuis un mois, Radio Courtoisie est la cible d’attaques de plus en plus violentes, dont le mobile apparent tient à certaines déclarations faites, à titre personnel, par son président Henry de Lesquen. Autant, les désaccords et les débats sont compréhensibles, entre personnes réellement libres, il faut s’y attendre. Autant leur mise en scène sur la place publique est difficilement acceptable quand elle nuit au bon fonctionnement de la radio et met en cause ses principes mêmes.

En effet, ce qui caractérise Radio Courtoisie, c’est la liberté d’expression et de pensée dans le respect des personnes et de leur dignité. Les responsables d’émission bénéficient d'une authentique liberté dans le choix de leurs invités et aussi dans leurs propos. Le corollaire de cette liberté, c’est la responsabilité des patrons d’émission, qui sont engagés par le contenu des émissions qu’ils dirigent.

Nous, patrons d'émission, tenons à souligner notre gratitude vis-à-vis de ceux qui, depuis plusieurs années à la tête de notre radio, ont pu faire en sorte que le risque permanent qu’il y a dans la liberté de pensée ne dégénère jamais en propos inadmissibles ou dégradants. Nous réaffirmons ici notre attachement à cette liberté qui nous a été donnée de mener nos émissions tout en ayant conscience des responsabilités qui nous en incombent.

C’est pour cela que nous tenons à souligner aussi notre attachement à ces principes fondamentaux qui sont ceux de ce que l’on appelait dans les années 80 les radios libres et qui sont encore ceux de Radio Courtoisie, tels qu’ils nous ont été communiqués lorsque nous l’avons rejointe et tels qu’ils sont pratiqués aujourd’hui.

Radio Courtoisie promeut les valeurs traditionnelles de notre culture française, en refusant toute inféodation à un Parti politique ou à une idéologie quelle qu’elle soit. Ni la radio, ni ceux qui la font vivre, ne peuvent être accusés de racisme ou autres insinuations infamantes en totale opposition avec ces valeurs traditionnelles. 

Nous lançons donc un appel à l'apaisement pour que cessent les déchirements stériles. L’heure est à l’union. Il faudrait aussi que les auditeurs de la Radio, en particulier ceux qui sont adhérents à l’association de Radio-Courtoisie, soutiennent leur Radio, sans aller imaginer, comme le souhaitent ouvertement certains, une Radio Courtoisie quittant la bande FM et trouvant un refuge (combien précaire !) sur Internet. Moyen de communication sans équivalent, symbole national de la liberté de pensée, radio de toutes les droites et de tous les talents, comme disait Jean Ferré, son fondateur, Radio Courtoisie ne doit pas devenir la cible d'appétits individuels ou le champ-clos de manœuvres douteuses, dont le risque objectif est d’entraîner volens nolens sa disparition. 

Ce courrier ne prend pas la forme d’une pétition, il n’est pas ouvert à d’autres signataires, refusant d’ajouter à la discorde entre responsables d’émission. Pas question d’accoler du désordre au désordre, alors qu’il y a aujourd’hui objectivement deux camps dans le milieu traditionnel : ceux qui, quelles que soient leurs préférences personnelles, soutiennent Radio-Courtoisie et ceux qui, au nom de chimères, s’y opposent. Nous refusons de jouer la vie de la Radio dans une telle dialectique. C’est ce jugement sur la situation, dont nous avons découvert qu’il nous était commun, qui nous a rapproché et qui nous a décidé de témoigner.

Le 13 juillet 2016 

Thierry Delcourt - Abbé G. de Tanoüarn
thierry.delcourt@gmail.com - gdetanouarn2@wanadoo.fr

[On lira ci-dessous des réactions à ce texte. Tout ayant été sans doute dit, il n'est plus possible d'ajouter de nouveaux commentaires.]

mercredi 8 juin 2016

[Anne Le Pape - Présent] "Entretien avec l’abbé Guillaume de Tanoüarn"

Le quotidien Présent (cliquez ici pour les conditions d'abonnement) nous fait l'amitié de soutenir notre lutte pour la préservation de l'église Sainte Rita.

Sainte-Rita : “L’espoir est devenu légitime”
— Monsieur l’abbé, vous attendiez des nouvelles pour l’église Sainte-Rita en début de semaine. Qu’en est-il ?
— La société Garibaldi, qui cherche à faire de l’église Sainte-Rita un logement social avec des parkings, avait intenté un référé contre l’Etat français en lui demandant de faire intervenir la police pour libérer Sainte-Rita de ses « occupants sans titre ».

Elle avait gagné ce référé le 27 mai, mais l’association Communauté chrétienne Sainte-Rita Paris XVe a fait appel en tierce opposition et le tribunal administratif a finalement annulé l’ordonnance du 27 mai.
— N’est-ce pas excellent pour la sauvegarde de l’église ?
— C’est extraordinaire ! Nous allons pouvoir nous consacrer à une levée de fonds pour sauver définitivement l’église. Mais il faut que les fidèles continuent à venir nombreux manifester par leur présence que Sainte-Rita doit rester un édifice cultuel.
— Le succès de la procession de dimanche a-t-il joué un rôle ?
— Beaucoup de choses ont joué : le fait que la police nous ait suivis, le soutien du maire du XVe qui refuse de voir détruit un bâtiment cultuel dans son arrondissement, l’habileté de nos avocats, Me Alexandre Cuignache et Me Frédéric Pichon qui, au dernier moment, a pu plaider, et bien sûr une présence très nombreuse des fidèles, que les murs de l’église ne pouvaient contenir dimanche.

Il faut ajouter que le père Emmanuel Schwab, curé de Saint-Léon, paroisse du XVe, a annoncé notre procession avec bienveillance.
— Vous nous aviez déclaré que le promoteur ne voulait rien entendre et ne voulait pas vendre ?
— Jusqu’à maintenant, le promoteur a cherché à faire valoir ses droits à détruire, mais il est clair que la décision du 6 juin met un coup d’arrêt à ses projets et rouvre la possibilité d’une négociation. C’est évidemment à lui d’en décider, mais il a pu mesurer qu’il n’était pas facile d’avoir contre soi et la préfecture de police et la mairie d’arrondissement.
— Vous gardez donc espoir ?
— Jusqu’à maintenant, on prenait pour des fous ceux qui avaient encore de l’espoir dans l’avenir de Sainte-Rita. Il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui l’espoir est devenu légitime. Mais il ne faut surtout pas passer d’un extrême à l’autre et croire que tout est gagné, alors que tout est possible mais que tout reste à faire.
— Que dites-vous aux lecteurs de Présent ?
— Les lecteurs de Présent, qui ont pu suivre les heurs et malheurs de Sainte-Rita, ne doivent pas se désintéresser de l’évolution de cette affaire et ne doivent pas hésiter à se rendre à Sainte-Rita pour assister à la messe du dimanche, que ce soit à 11 heures ou à 16 heures. Assistant à la messe à Sainte-Rita, ils font coup double : ils satisfont au devoir dominical et ils posent un acte militant, plus que jamais important pour l’avenir de cette église.


Propos recueillis par Anne Le Pape

samedi 28 mai 2016

Alerte : une église en danger à Paris

La situation de Sainte-Rita du XVème, cette église néo-gothique en plein Paris, est de plus en plus précaire et le risque de destruction se précise.
          
Le promoteur breton, qui a donné 10 % d’arrhes au propriétaire pour détruire l’église et construire des logements sociaux, a refusé d’examiner toute solution alternative, pour conserver à l’église sa destination cultuelle. Il y a un projet architectural alternatif, respectant l’église telle qu’elle est ; il y a aussi des propositions de rachat venant de groupes catholiques ou orthodoxes. Les chrétiens qui veulent que cette église demeure ont l’impression de se heurter à un mur.
          
Le promoteur vient de gagner une action en référé qu’il avait engagé contre l’Etat. Il se voit ainsi reconnaître en principe le droit de faire agir la force publique pour expulser de ce bâtiment « tout occupant ». On traite ainsi une église comme un bien privé ordinaire et des gens qui prient en ces lieux comme des occupants sans titre, au mépris de la destination cultuelle de cet espace sacré, dont il n’est même pas question dans le rendu du jugement.
          
Cette église, construite pour l’Exposition universelle de 1900 et qui est l’une des premières églises à concilier le béton avec le style gothique, offre aux regards une magnifique rosace et aux oreilles une acoustique cristalline. Sa valeur dépasse largement un projet immobilier pour des logements sociaux. Sa survie aujourd’hui est compatible avec un grand projet immobilier qui respecterait ce pour quoi elle a été construite.
          
Elle doit être conservée, avec sa triple tradition spirituelle : pour les gens du quartier, riches ou pauvres, fidèles de première ligne ou chrétiens du dernier rang, elle représente aujourd’hui trois choses :
  • D’abord, c’est la seule église, à Paris, où l’on bénit solennellement les animaux. La dernière bénédiction a eu lieu pour la Sainte-Rita le dimanche 22 mai devant une église débordante de monde, dans une atmosphère de piété populaire.
  • Ensuite, beaucoup de gens s’arrêtent en semaine pour prier Sainte-Rita, la patronne des causes désespérées et la sainte qui met la paix dans les familles et entre les familles.
  • Enfin, on y a toujours célébré un rite latin traditionnel, sans chercher noise à quiconque. Après le départ des catholiques gallicans, ce sont des catholiques romains qui ont repris cette tradition.
VENEZ DIMANCHE 29 MAI à 16 H, venez chaque dimanche nombreux pour défendre Sainte-Rita
VENEZ DIMANCHE 5 JUIN à 16 H pour la bénédiction des roses de Sainte-Rita et procession dans les rues du XVème
          
Abbé Guillaume de Tanoüarn, desservant
Communauté chrétienne Sainte-Rita du XVème
Association Clochers de Quartier en danger

lundi 2 mai 2016

[par Hector] Pour revenir sur « Nuit debout »

[par Hector] Dans nos milieux – mais pas seulement-, il y a hélas cette forte tendance à juger rapidement de choses qui nous sont éloignées. Le mouvement « Nuit debout » n’y échappe pas. Effectivement, le mouvement est à gauche. On en conviendra. Assurément, la bienveillance médiatique semble plus réelle à l’égard de ce mouvement urbain qu’à l’égard des Manifs pour tous et des Veilleurs. Enfin, l’amalgame entre casseurs et « Nuit debout » est plus discuté. Mais en même temps, la droite se déchaîne et insinue un mouvement quasi-insurrectionnel. Elle affirme aussi une collusion entre la gauche gouvernementale et le mouvement « Nuit debout ». Pourtant, je n’ai pas vu de dalle arrachée, comme on a pu l’affirmer péremptoirement. Le monument de Marianne est abîmé, mais depuis Charlie, il y avait déjà des inscriptions. A cause de l’attraction de ce monument en raison d’événements connus (les attentats de 2015), il devenait inéluctable que beaucoup cherchent à y mettre leur patte. Mais passons…

Je suis allé place de la République, le vendredi 29 avril 2016. Il pleuvait. Les différents stands se déclinaient généralement avec le mot Debout : Bibliothèque Debout, etc. Je croise des jeunes, mais aussi des personnes déboussolées (il y a toujours des mendiants pour faire la manche...). Une envie de débattre et de discuter. Certainement. En regardant les uns et les autres, en observant les différentes tentes, mon impression est plutôt que « Nuit debout » est surtout une critique à l’égard de la gauche classique et traditionnelle. Je ne parle pas seulement de la gauche sociale-démocrate, digne de Macron ou de Valls, mais de cette gauche institutionnelle, dont on reconnaît qu’elle n’assure plus de véritable débat. Les institutions, ce sont, au sens large, ces différentes structures qui permettent à un individu d’agir et de s’impliquer politiquement. Elles sont diverses : partis politiques, syndicats, etc.

Expliquons-nous : la politique, c’est aussi l’art de prendre parole publiquement dans un espace public. Prendre parole publiquement va au-delà des simples opinions privées du courrier des lecteurs. Il s’agit de poser un acte politique. Mais pour poser cet acte, il faut évidemment passer par des « instruments ». Ces instruments sont différents : engagement dans une formation politique ou syndicale, manifestations publiques, participations à des meetings, etc.

Or, les véhicules traditionnels d’expression sont usés, monopolisés pour ne pas dire fossilisés. La gauche n’y échappe pas : je pense aux syndicats, devenus, à l’instar des partis politiques, des machines verrouillées et déconnectées des préoccupations. Derrière la radicalité des discours peut se cacher une autre illustration de la France des apparatchiks. Ils sont devenus inertes. En écoutant les témoignages, il y avait celui d’un infirmier (?) qui racontait les difficultés de l’hôpital public. Il critiquait ouvertement la CGT. En outre, il refusait de « réduire les salariés à leur fonction ».

Soyons honnêtes : « Nuit debout » est avant tout une critique de la gauche par des gens de gauche, qui contestent l’efficacité des instruments traditionnels, vieillissants et inadaptés, de la représentation politique de gauche. On peut comprendre qu’il y ait un besoin de s’exprimer, face à une gauche qui n’a cessé d’épouser le libéralisme, de prôner la rigueur économique et le marché ou d’encourager la société de consommation. Le PS ne fait plus rêver, et le PC est devenu insignifiant. Les autres formations politiques sont trop microscopiques pour être sérieuses. Quant aux écolos, ils se sont perdus dans les querelles d’appareil. On pourrait multiplier les exemples.

Dans la France de 2016, il y a de plus en plus d’orphelins et de délaissés. À droite ou chez les « tradis », on les connaît : ce sont ces catholiques privés d’une Église encadrante, dont la première souffrance a été la suppression d’une liturgie solennelle. Ce sont tous ces catholiques délaissés par des clercs qui ne voulaient plus incarner les certitudes. Ce sont ces simples Français, oubliés des grands discours, qui ont fini par voter FN ou par s’engager plus radicalement. Ce sont ces militants qui ont vu que leur formation s’embourgeoisait pour devenir une alliance corporatiste de notables. Je ne vois pas pourquoi cela n’existerait pas à gauche.

Hector