mercredi 27 septembre 2017

Correctio filialis: en réalité, on juge un silence

Au micro de Boulevard Voltaire
Je crois qu’il y a un quiproquo sur cette affaire de la correction filiale intentée. On peut dire qu’il s’agit d’une sorte de procès intenté par une soixantaine d’intellectuels et de responsables catholiques qui s’adressent au pape François en lui demandant sa bénédiction apostolique in fine. Il y a un quiproquo parce que la forme semble très lourde par rapport au fond.
   
Je m’en expliquerais en citant le lapsus [corrigé depuis] que l’on trouve sur le site de la Porte latine. La Porte latine est le site de la Fraternité Saint Pie X en France. Sur ce site, il n’est pas question de «correction filiale», mais de «correction finale» comme solution finale. C’est l’idée d’en finir peut-être pas de façon physique, mais intellectuelle. Lorsqu’on compare le pape à Luther dans la dernière partie du texte, on a vraiment l’impression qu’on veut en finir avec ce pape et qu’on ne s’est jamais remis de la renonciation de Benoît XVI, à laquelle il est fait mention comme pour indiquer que la légitimité du pape actuel serait douteuse. Tout cela me semble disproportionné et déplacé. Le pape est pape.

Il faut évidemment une expression plus claire pour pouvoir dire qu’il remet en question toute la morale catholique. Certains textes du pape peuvent faire peur à certains catholiques. C’est incontestable et ils peuvent avoir des raisons sérieuses d’avoir peur. Entre ces raisons sérieuses d’avoir peur et la dénonciation d’un pape qui tiendrait un discours qui ne serait plus catholique, mais luthérien pour reprendre ce texte de la correction filiale, la marge est énorme.
   
J’ai beaucoup lu le pape François. J’apprécie la dimension personnaliste qu’il donne à sa prédication. Mais je n’ai jamais vu sous sa plume, ou entendu dans sa prédication, la moindre chose qui puisse ressembler à une hérésie. En réalité, on juge un silence.
  
Il est déjà difficile de juger des mots. Les mots peuvent avoir plusieurs sens. Les mots peuvent ne pas tout dire. On peut préjuger de leur sens et juger du préjugé plutôt que des mots eux-mêmes. Quand le pape fait dire au Cardinal Burke, qui le met en demeure de répondre à quatre dubia, qu’il ne répondra pas et qu’il gardera le silence, cela veut dire que la position du pape sur les dubia n’est ni la position qu’attend le Cardinal Burke ni son contraire, mais le silence.
"Le pape François déroute tout de même les Européens. Il a un certain art de la nuance. Est-ce que cette tentative de « correction filiale » ne naît pas d’une certaine ambiguïté possible du pape François sur énormément de sujets ?"
On peut penser par exemple que les positions du pape François sur les migrants sont contestables du point de vue politique. Quand on sait que le pape François écrit un livre qui s’intitule « politique et société« , on peut penser aussi que dans tous ces domaines, la parole du pape François et la parole de Jorge Bergoglio ne sont pas forcément une parole pontificale infaillible. On doit la prendre en considération comme venant du plus haut dignitaire de l’Eglise, mais qui n’est pas dans le domaine de définition de son infaillibilité.
   
J’ai par exemple moi-même écrit un texte dans lequel je conteste l’usage que le pape François fait du Lévitique, ou de ce que dit le Lévitique sur l’étranger, ou le converti, « ger » en hébreux. Le pape François traduit étranger ou converti par migrants ou immigrés. On comprend que ce n’est pas la même chose. On est en droit de dire respectueusement au pape que l’usage qu’il fait de tel texte sacré n’est pas incontestable. Mais quant à manœuvrer cette idée d’hérésie du pape en faisant un rapprochement explicite avec Martin Luther, cela me semble excessif. On peut contester les raisons pour lesquelles le pape garde le silence, mais on ne peut pas de ce silence tirer une hérésie. Cela ne me semble pas logique.

5 commentaires:

  1. Bonjour mon père,
    Ce bref message pour vous faire remarquer qu'il n'est guère la même chose que d'échanger sur des interpretations de l'Ancien Testament, et de louer l'intelligence de Luther tout en omettant de rappeler pourquoi il s'est fait exclure de l'Eglise.
    C'est exactement ce que fait le pape lorsqu'il dit "qui suis je pour juger" par rapport aux homosexuels, ce qui est fort bien, mais doit également être accompagné du rappel que la dépravation et les relations contre nature sont des péchés graves.
    Le pape se permet dans un autre entretien, cette fois ci au journal La Croix, de se demander si on ne pourrait pas comparer, en un certain sens, la conquete de l'Orient par l'Islam sous Mahomed avec l'envoi des apôtres à évangeliser le monde.
    Ce genre de naivetés doublées d'un excès d'utilisation de la nuance, lorsqu'on sait que Jorge Mario Bergoglio n'est ni naif ni senil, surtout en privé, fait, contrairement à ce que vous affirmez, que l'on soit amenés à se poser de graves questions non seulement sur le respect de la dogme, mais carrément sur la foi du pape actuel.
    Et que dire des messages de félicitations adressés aux musulmans pour la fin du Ramadan, lorsqu'on sait que le Ramadan fête le don du Coran, livre qui nie la divinité de Jésus ?? Et comment se permet le Vatican et les eveques d'appeler dans ces messages les musulmans "frères" lorsque nombre de saints et de Pères de l'Eglise ont analysé cette religion et l'ont déclaré hérétique, notamment à cause de la negation de la divinité et de la resurrection du Christ ??
    Ce n'est ni vous, ni moi, celui qui décide qui est hérétique - et ni les eveques, ni le pape, mais la Parole du Christ dont la verité restera pour toujours, et ceux qui s'y opposent et sont fils du mensonge, ne peuvent point être "félicité" par les pasteurs de l'Eglise sans que ceci se mettent automatiquement en dehors du Corps invisible du Christ.

    RépondreSupprimer
  2. Ce pape est déconcertant ; Benoît XVI pesait ses paroles au trébuchet, notre Saint Père François pratique l'art de dérapage contrôlé. Sur le fond, je pense qu'il est fils obéissant de l'Eglise comme il le dit lui-même. Parfois, il fait preuve d'autoritarisme (comme avec l'ordre de Malte) ; parfois de patience et de mansuétude (comme avec ceux qui ont suivi Mgr Marcel Lefebvre). J'ignore les tenants et aboutissants. Je defends le notre pape. Je suis d'accord qu'il y a des niveaux bien différents dans ce qu'il dit. Cela a toujours été. Demander des éclaircissements est légitime, les donner, responsable. Dieu vous garde

    Germain Bertrand, 35310 Mordelles

    RépondreSupprimer
  3. Cher Monsieur l'Abbé,
    Vous soulevez en effet une sérieuse difficulté mais vous jouez, je crois, sur les mots... Effectivement, il est périlleux d'instruire une forme de procès pour crime d'hérésie contre le pape Bergoglio. Il n'en demeure pas moins que cette "correctio" comporte des rappels doctrinaux très forts concernant la morale chrétienne et la grâce divine. Des vérités de foi, contenues dans l'Ecriture Sainte et la Tradition et dont on peut penser, en mettant bout à bout les déclarations diverses du pape jésuite, qu'elles font tomber ceux qui ont le mauvais goût de les Lui rappeler sous le chef de diverses condamnations bergogliennes : "idéologiques", "trop traditionalistes", "pharisaïques", "hypocrites", etc. "Judaïques" peut-être un jour car il ne paraît pas de bon ton de rappeler que la Loi du Christ est lumière, vérité et délivrance ? Le souci, c'est que nous ne parlons plus le même langage que le Successeur de Pierre. Et si les mots de la foi ont perdu leur sens, c'est que le modernisme, - le vrai, celui condamné par S. Pie X, - constitue le ressort de la mentalité profonde de l'actuel évêque de Rome. Relisez le passage sur le canon de S. Vincent de Lérins dans les entretiens avec Wolton, mettez ces propos dans le contexte des trois dernières années, et dites-moi si l'on doit exclure que pour Jorge Bergoglio la "Tradition vivante", - un "concept véreux" pour vous, crois-je me souvenir, - n'est pas "vivante" parce qu'elle permet d'oblitérer une partie de la substance des dogmes, de les délester de vérités inactuelles.

    RépondreSupprimer
  4. Oui, d'accord, problème sur la forme- mais qui n'est, en fin de compte- que la conséquence du problème de fond. La rhétorique - outrancière, selon vous- peut aider à saisir l'envergure, la portée spirituelle et combien urgente du problème de fond. Qui demeure l'application qu'on a fait de Amoris Lætitia (et des autres déclarations papales, officielles ou non) qui va à l'encontre des préceptes divins et de la tradition. Mais il se peut que je n'ai pas bien compris votre propos.

    RépondreSupprimer
  5. "Les mots peuvent avoir plusieurs sens" : cela tend au nominalisme, ceux de Amoris Laetitia sont précisés par la lettre privée du Pape aux évêques maltais comme le dit la correctio filialis. Cela ne remet pas en cause le charisme du Pierre mais les actes privés du Pape François qui poussent à l'hérésie. L'enjeu est très grave. Prions la Sainte Vierge. Signé : un prêtre charismatique

    RépondreSupprimer